Aliko Dangote, première fortune du Nigeria, a durci dimanche sa confrontation avec l’Autorité nigériane de régulation de l’aval pétrolier (NMDPRA), qu’il accuse de favoriser les importations de carburants au détriment de la production locale. Une politique qu’il juge contradictoire avec l’objectif affiché de réduction de la dépendance du pays aux produits pétroliers raffinés importés.
Selon le milliardaire, la poursuite des importations à bas coût fragilise les investissements industriels nationaux et compromet les efforts d’industrialisation. « On n’utilise pas les importations pour neutraliser le potentiel domestique. Cela crée des emplois à l’étranger pendant que nous peinons à nous industrialiser chez nous », a-t-il déclaré devant la presse, estimant que cette situation menace l’emploi, l’investissement privé et la sécurité énergétique du Nigeria.
Cette sortie intervient dans un contexte de tensions persistantes autour de la raffinerie Dangote, la plus grande d’Afrique. En juillet dernier déjà, l’industriel avait dénoncé l’importation massive de carburants issus de pétrole russe qu’il qualifiait de mauvaise qualité, y voyant à la fois un risque pour la compétitivité du raffinage local et pour la santé publique.
Aliko Dangote est allé plus loin en appelant à l’ouverture d’une enquête officielle visant Farouk Ahmed, directeur général de la NMDPRA. Il a soulevé des interrogations sur la gestion du secteur et évoqué des allégations de dépenses personnelles jugées incompatibles avec les revenus officiels du responsable. Des accusations graves, qui n’ont pour l’heure pas fait l’objet de réaction publique de l’intéressé.
De son côté, Farouk Ahmed avait affirmé plus tôt cette année que le groupe Dangote cherchait à instaurer un monopole sur la vente de produits pétroliers raffinés et que la capacité réelle de sa raffinerie ne permettait pas de couvrir la demande nationale.
Le différend porte principalement sur l’évaluation de cette capacité et sur la politique d’importation. Le mois dernier, la NMDPRA a recommandé au président nigérian de renoncer au projet d’interdiction des importations de produits pétroliers raffinés, estimant que la production locale ne permettait pas de satisfaire la demande quotidienne, évaluée à environ 55 millions de litres.
Une analyse contestée par Dangote, qui accuse le régulateur de s’appuyer sur les volumes effectivement retirés par les distributeurs plutôt que sur les capacités de production réelles de la raffinerie. Une méthode qu’il estime conduire à une sous-évaluation volontaire du potentiel du site.
Le groupe pointe également des difficultés d’approvisionnement en brut. Selon Dangote, la règle donnant priorité aux raffineries locales avant l’exportation du pétrole brut n’est pas appliquée. Faute d’accès suffisant au brut nigérian, la raffinerie importerait actuellement près de 100 millions de barils par an, un volume appelé à doubler avec l’expansion prévue de l’installation.
Malgré ces contraintes, Aliko Dangote affirme rester déterminé à poursuivre le développement de la raffinerie, qu’il qualifie d’investissement stratégique pour le Nigeria. Il a par ailleurs réitéré son intention d’introduire l’entreprise à la Bourse nigériane et de verser des dividendes en dollars, dans l’objectif d’élargir l’actionnariat local.




