Au Niger, qui a nationalisé en juin 2025 sa seule mine d’uranium en activité jusque-là exploitée par le groupe français Orano, le développement de nouveaux projets apparaît crucial pour soutenir la production nationale. Parmi eux, la future mine d’uranium Dasa, portée par le canadien Global Atomic, figure en bonne place. Mais le projet accuse désormais un retard significatif.
Initialement prévue pour le second semestre 2026, la mise en service de l’usine de traitement de Dasa est repoussée d’un an, au second semestre 2027. Global Atomic justifie ce report par des contraintes logistiques liées à la fermeture de la frontière avec le Bénin, ainsi que par des difficultés à finaliser le financement nécessaire à la construction de la mine.
Depuis le coup d’État de juillet 2023 ayant porté au pouvoir le général Abdourahamane Tiani, le Niger est privé de l’accès au port de Cotonou, historiquement la principale porte d’entrée pour ses importations et exportations. Si les autorités béninoises avaient initialement fermé la frontière, Niamey a par la suite maintenu cette situation, accusant Cotonou de coopérer avec la France dans un contexte de fortes tensions diplomatiques.
Contactée par Agence Ecofin, Global Atomic indique avoir dû recourir à « d’autres itinéraires » pour l’acheminement des équipements destinés au projet Dasa, une solution jugée plus longue et plus coûteuse. Bien que la compagnie n’ait pas précisé les routes alternatives utilisées, le port de Lomé, au Togo, s’est imposé ces derniers mois comme le principal point de transit pour le commerce nigérien. Cette option implique toutefois des délais supplémentaires et un passage par des zones instables du Burkina Faso, exposées à l’insécurité liée aux groupes armés.
Au-delà des contraintes logistiques, le contexte politique post-coup d’État a également pesé sur le financement du projet. Selon une étude de faisabilité publiée en 2024, l’investissement initial requis pour la mine Dasa est estimé à 424 millions de dollars. Global Atomic prévoit de mobiliser l’essentiel de ce montant via un emprunt, notamment auprès d’une banque américaine.
« À la suite du coup d’État au Niger en juillet 2023, ce financement a été retardé et n’a franchi que récemment la première étape du processus formel d’approbation de la banque », a indiqué un porte-parole de la compagnie, précisant que le lancement du traitement est désormais envisagé pour le second semestre 2027.
Cette nouvelle échéance reste toutefois conditionnée à l’obtention effective du financement. Si la banque américaine examine actuellement la demande, aucune décision définitive n’a encore été annoncée. En parallèle, Global Atomic explore des solutions alternatives et a sollicité l’appui du gouvernement canadien pour envisager un montage financier incluant la prise de participation minoritaire d’un investisseur public dans la filiale nigérienne du groupe en charge du projet Dasa.
Selon la World Nuclear Association, le Niger se classait en 2023 au 8ᵉ rang mondial des producteurs d’uranium, avec une production de 1 130 tonnes, représentant environ 2 % de l’offre mondiale. Dans ce contexte, le développement de Dasa demeure un enjeu stratégique pour l’avenir du secteur minier nigérien.




