Côte d’Ivoire : moderniser l’agriculture pour réduire la fracture rurale

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Malgré une urbanisation soutenue, la Côte d’Ivoire demeure une économie profondément agricole. Les zones rurales, plus pauvres que les centres urbains et plus lentes à se moderniser, concentrent encore une large part de la vulnérabilité économique du pays. Pour enrayer cette dynamique, les autorités ivoiriennes ont engagé plusieurs chantiers structurants : modernisation des pratiques agricoles, renforcement des infrastructures, amélioration de l’accès au financement et accélération de la transformation locale des produits. Autant d’enjeux centraux du Plan national de développement (PND) 2026-2030, actuellement en cours de finalisation.

Une bourse agricole pour mieux encadrer les prix

Parmi les réformes les plus emblématiques figure la création de la Bourse des matières premières agricoles de Côte d’Ivoire, entrée en service à l’été 2025 à l’initiative du gouvernement. Jusqu’ici, la fixation des prix à la production reposait largement sur des négociations bilatérales et souvent déséquilibrées entre producteurs et acheteurs. La nouvelle place de marché introduit un tiers indépendant — le courtier — chargé d’évaluer la qualité des produits et de sécuriser des transactions plus transparentes.

Pensée dès 2016 mais longtemps restée à l’état de projet, cette bourse s’appuie sur un réseau d’entrepôts homologués permettant aux producteurs de stocker leurs récoltes. L’objectif est triple : garantir des prix plus justes, réduire la volatilité des marchés et dynamiser les chaînes de valeur agricoles. Trois produits y sont déjà cotés — la noix de cajou, la noix de cola et le maïs — tandis qu’une vingtaine d’autres devraient être intégrés progressivement, dont le cacao, pilier historique de l’économie ivoirienne.

Un secteur agricole central mais structurellement fragile

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où l’agriculture reste un pilier majeur de l’économie nationale. Le secteur emploie près de 60 % de la population active, contribue à environ 25 % du PIB et représente près de 40 % des exportations. Toutefois, cette importance économique contraste avec la fragilité persistante des revenus ruraux.

Depuis une quinzaine d’années, la Côte d’Ivoire affiche une croissance soutenue, supérieure à 6 % par an en moyenne. Si les campagnes ont bénéficié de cette dynamique, les retombées y demeurent plus limitées qu’en milieu urbain, principal moteur de la modernisation et de la création de valeur. Les rendements de l’agriculture vivrière restent faibles, tandis que les filières d’exportation souffrent encore d’un déficit de transformation locale, principal gisement de valeur ajoutée.

Ces déséquilibres se traduisent par une pauvreté rurale persistante. En 2021, 54,4 % des populations rurales vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 22,2 % en zone urbaine, selon l’Institut national de la statistique.

Réformes structurelles et accès au financement

Face à ces constats, l’État ivoirien a engagé plusieurs programmes structurants de long terme, parmi lesquels le Projet de Développement des Chaînes de valeur Vivrières (PDC2V) et le Programme d’Appui au Développement des Filières Agricoles (PADFA). Ces initiatives visent à renforcer la productivité, améliorer l’organisation des filières et soutenir l’intégration des petits exploitants dans des circuits plus rémunérateurs.

L’accès au financement constitue un autre levier clé. Depuis début 2024, la Chambre nationale d’agriculture de Côte d’Ivoire a noué un partenariat stratégique avec Ecobank afin de faciliter l’octroi de crédits aux acteurs du secteur. Soutenu par l’État, ce dispositif combine financement, formation et accompagnement technique, avec pour ambition de moderniser les exploitations et d’élever progressivement l’agro-industrie ivoirienne vers des standards internationaux.

Désenclaver les zones de production par les infrastructures

La modernisation de l’agriculture passe également par un effort massif sur les infrastructures. À l’été 2025, la Banque africaine de développement a accordé un financement de 116 millions d’euros à la Côte d’Ivoire pour soutenir un programme de développement des infrastructures agricoles et de désenclavement transfrontalier.

Dans les régions frontalières de l’Est et de l’Ouest, l’état dégradé des routes et l’insuffisance des moyens de transport contraignent encore de nombreux producteurs à vendre leurs récoltes à bas prix, voire à subir des pertes importantes. Le projet prévoit la modernisation de deux corridors routiers stratégiques ainsi que de plusieurs voiries urbaines, afin de faciliter l’accès aux marchés et de renforcer les échanges avec le Ghana et le Liberia.

L’agriculture au cœur des ambitions du PND 2026-2030

La réduction de la pauvreté constitue l’un des objectifs majeurs du futur PND 2026-2030, avec une cible fixée à moins de 20 % à l’échelle nationale. Cet objectif ne pourra être atteint sans une amélioration significative des conditions de vie dans les zones rurales.

La modernisation agricole et le renforcement des chaînes de valeur figurent ainsi parmi les axes stratégiques du plan, aussi bien pour les cultures vivrières que pour les produits d’exportation. Les priorités affichées portent sur l’amélioration des rendements par des techniques plus performantes et durables, la sécurisation des débouchés et des prix pour les producteurs, et l’accélération de la transformation locale des matières premières agricoles, notamment le cacao, le coton, le café et la noix de cajou.

Symbole de cette orientation, lors de la clôture du Salon international de l’agriculture et des ressources animales en juin 2025 à Abidjan, le Premier ministre a procédé à la remise de matériels agricoles modernes — tracteurs, moissonneuses-batteuses et motoculteurs — à des exploitants. Il a alors rappelé la feuille de route gouvernementale : placer l’agriculture ivoirienne « au rendez-vous de la productivité et de la transformation », afin de bâtir une prospérité plus inclusive et durable.

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