La réélection du président Alassane Ouattara en 2025 ouvre un nouveau cycle politique marqué par la continuité, mais aussi par des attentes économiques élevées. Pour les marchés, les bailleurs et les investisseurs privés, l’enjeu n’est plus la stabilité institutionnelle — désormais largement acquise — mais la capacité du pays à franchir un nouveau palier de transformation économique. Dans un environnement régional marqué par des incertitudes politiques et sécuritaires, la Côte d’Ivoire confirme son statut de pôle de prévisibilité en Afrique de l’Ouest, tout en étant attendue sur des résultats économiques plus qualitatifs.
Une trajectoire de croissance solide sur plus d’une décennie
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara en 2011, la Côte d’Ivoire a enregistré l’une des trajectoires de croissance les plus soutenues du continent. Sur la période 2012–2024, le pays a affiché une croissance moyenne annuelle comprise entre 6 % et 7 %, plaçant durablement l’économie ivoirienne au-dessus des moyennes régionale et continentale.
En 2024, la croissance du PIB réel s’est établie autour de 6,1 %, malgré un contexte international contraint. Les projections pour 2025 tablent sur une croissance proche de 6,4 %, confirmant la résilience du modèle économique ivoirien. En valeur nominale, le PIB du pays dépasse désormais 85 milliards de dollars, contre moins de 25 milliards au début des années 2010, traduisant un changement d’échelle économique significatif.
Un pays devenu pôle d’attraction pour les investissements
Sous la présidence Ouattara, la Côte d’Ivoire s’est imposée comme l’une des principales destinations d’investissement en Afrique. En 2024, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) ont atteint près de 3,8 milliards de dollars, plaçant le pays parmi les trois premières destinations du continent.
Cette attractivité repose sur plusieurs facteurs structurants : stabilité politique, cadre macroéconomique maîtrisé, intégration régionale via l’UEMOA, mais aussi investissements massifs dans les infrastructures. Le taux d’investissement global est ainsi passé d’environ 9 % du PIB en 2011 à plus de 25 % du PIB en 2023, soutenant la modernisation du réseau routier, portuaire, énergétique et industriel.
Finances publiques : un équilibre sous surveillance
Le bilan économique de la dernière décennie est également marqué par une montée en puissance de l’investissement public, financée en partie par l’endettement. Le ratio de dette publique, qui se situait autour de 37 % du PIB en 2019, a progressé pour atteindre environ 59 % du PIB en 2024, sous l’effet des chocs exogènes successifs et des programmes d’investissement.
Cette trajectoire reste toutefois jugée soutenable par les partenaires financiers, à condition de poursuivre les efforts de consolidation budgétaire. Les projections à moyen terme anticipent une stabilisation, puis une légère réduction du ratio d’endettement, portée par la croissance et une meilleure mobilisation des recettes intérieures.
Un modèle de croissance arrivé à maturité
L’un des marqueurs du bilan économique du président Ouattara est le rôle moteur de l’État dans la croissance, notamment à travers les infrastructures et les grands projets structurants. Ce modèle a permis de restaurer la confiance, d’attirer les capitaux et de repositionner la Côte d’Ivoire comme locomotive économique de l’UEMOA.
Pour autant, ce modèle atteint aujourd’hui une forme de maturité. Les marchés et le secteur privé attendent désormais une accélération de la transformation productive, avec un rôle accru pour l’investissement privé, la montée en gamme industrielle, la transformation locale des matières premières agricoles et minières, ainsi qu’un meilleur accès au financement pour les PME.
Des attentes accrues sur l’emploi et l’inclusion
Si les performances macroéconomiques sont largement reconnues, les défis sociaux restent importants. La croissance doit encore se traduire plus clairement en emplois durables, en particulier pour une population jeune et en expansion rapide, et en réduction des écarts territoriaux entre zones urbaines et rurales.
C’est sur ce terrain — inclusion, qualité de la croissance, transformation structurelle — que le nouveau cycle politique sera jugé. La continuité politique renforce la crédibilité du pays, mais elle accroît aussi le niveau d’exigence vis-à-vis de l’exécutif.
Un nouveau cycle sous haute surveillance économique
La réélection d’Alassane Ouattara ne marque donc pas un nouveau départ, mais un point de bascule. Après avoir démontré sa capacité à stabiliser l’économie et à générer une croissance soutenue, la Côte d’Ivoire est désormais attendue sur sa capacité à transformer cet avantage macroéconomique en développement plus équilibré, plus productif et plus inclusif.
Les arbitrages à venir — finances publiques, industrialisation, agriculture, énergie, emploi — seront déterminants pour la crédibilité du nouveau cycle économique. Pour les marchés comme pour les partenaires internationaux, la stabilité est désormais acquise. La performance structurelle devient le nouveau critère d’évaluation.




