Fin novembre, Barrick Mining avait confirmé la conclusion d’un accord avec l’État malien pour mettre fin au litige autour de la mine d’or Loulo-Gounkoto, le plus important complexe aurifère du pays. Quelques semaines plus tard, la mise en œuvre concrète de cet accord demeure entourée d’incertitudes, malgré de premiers signaux d’apaisement.
Selon des informations rapportées le jeudi 18 décembre par Reuters, citant une note interne du groupe canadien, Barrick aurait officiellement repris le contrôle opérationnel de la mine de Loulo-Gounkoto. Cette évolution constituerait une étape clé dans l’exécution de l’accord trouvé avec Bamako, après plus d’un an de tensions liées à l’application du nouveau Code minier malien de 2023.
Un différend majeur en voie de résolution
Pour rappel, le complexe de Loulo-Gounkoto avait été placé sous administration provisoire en juin 2025, dans un contexte de bras de fer entre Barrick et les autorités maliennes. Le différend portait notamment sur les nouvelles exigences fiscales et de participation de l’État introduites par le Code minier révisé.
Selon les éléments communiqués par Barrick, l’État malien se serait engagé à :
- abandonner l’ensemble des poursuites judiciaires visant les filiales locales du groupe,
- libérer les quatre employés de Barrick détenus au Mali,
- et restituer le contrôle du complexe aurifère, y compris les stocks d’or saisis plus tôt dans l’année.
En contrepartie, Barrick a accepté de retirer les procédures d’arbitrage international engagées devant le CIRDI, l’organe du Groupe de la Banque mondiale chargé du règlement des différends entre États et investisseurs.
Selon Bloomberg, l’accord prévoirait également le versement par Barrick de 244 milliards FCFA (environ 436 millions USD) à l’État malien. Ce montant n’a toutefois pas été confirmé officiellement par les deux parties.
Premiers signes de normalisation
Si aucune communication officielle détaillée n’a encore été publiée, plusieurs éléments tendent à confirmer une détente progressive. Début décembre, Reuters rapportait la libération effective des quatre employés concernés. La semaine dernière, un juge malien a également ordonné la restitution à Barrick d’un stock d’or saisi sur le site de Loulo-Gounkoto, une mesure qui avait entraîné la suspension des opérations.
D’après la note interne citée par Reuters, Barrick prévoit désormais une reprise progressive de la production, conditionnée à la mise en œuvre de programmes de formation obligatoires pour les employés et les sous-traitants. Si ce calendrier est respecté, la mine pourrait être réintégrée dans les prévisions de production du groupe à partir de 2026, après avoir été exclue des objectifs pour l’exercice en cours.
De nombreuses zones d’ombre subsistent
Malgré ces avancées, plusieurs questions structurantes restent sans réponse. Les modalités exactes d’application du Code minier de 2023 à Loulo-Gounkoto n’ont pas été précisées, alors même que ce texte permet désormais à l’État malien de détenir jusqu’à 35 % des parts dans les mines (dont 5 % réservés aux investisseurs locaux), contre 20 % auparavant.
Autre point sensible : le permis minier de Loulo, l’un des deux pôles du complexe, arrive à expiration en février 2026, ce qui pourrait rouvrir des discussions sur les conditions de renouvellement.
Un contexte stratégique en mutation pour Barrick
Ces développements interviennent également dans un contexte de transition stratégique pour Barrick. Le groupe a changé de direction en septembre, avec le départ de Mark Bristow, figure centrale des négociations avec Bamako, remplacé par Mark Hill. Ce dernier pilote une réorientation du portefeuille du groupe, marquée par un recentrage sur les actifs nord-américains, notamment dans le Nevada.
Une introduction en bourse (IPO) est en cours pour une nouvelle entité regroupant ces actifs, ainsi que la mine Pueblo Viejo en République dominicaine. Cette évolution nourrit des interrogations sur l’avenir à long terme des actifs africains du groupe.
Dans ce contexte, Loulo-Gounkoto, qui représentait environ 15 % de la production attribuable de Barrick en 2024, demeure un actif stratégique, tant pour le Mali que pour le groupe canadien. Les prochaines communications officielles seront déterminantes pour évaluer si la reprise annoncée marque une normalisation durable ou une simple trêve dans une relation encore fragile entre l’État malien et les investisseurs miniers internationaux.




