Sénégal : l’Agropole Centre entre en phase opérationnelle pour accélérer la transformation agro-industrielle

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Au Sénégal, où l’agriculture contribue à environ 16 % du PIB et emploie près de 22 % de la population active, la transformation agroalimentaire est devenue un pilier central de la politique de souveraineté alimentaire. Dans cette optique, les autorités sénégalaises ont officiellement lancé, le 16 décembre, le projet de zone de transformation agro-industrielle de l’Agropole Centre, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS).

D’un coût total de 107,4 milliards FCFA (environ 191,7 millions USD), ce projet est financé par l’État du Sénégal avec l’appui de plusieurs partenaires techniques et financiers, notamment la Banque africaine de développement (BAD), la Banque islamique de développement (BID) et l’Agence belge de développement (Enabel).

Un levier pour structurer les filières agricoles du centre du pays

L’Agropole Centre couvre les régions de Kaolack, Kaffrine, Fatick et Diourbel, zones à fort potentiel agricole mais historiquement peu industrialisées. Selon les autorités, le projet permettra la mise en œuvre de 37 projets structurants dans des filières jugées stratégiques, notamment l’arachide, les céréales sèches (mil, maïs, sorgho), le sésame et le sel.

Les investissements porteront principalement sur l’implantation d’unités industrielles, de plateformes de transformation et d’infrastructures de soutien logistique. L’objectif affiché est une augmentation significative du taux de transformation locale :

  • de 6 % à 30 % pour les céréales ciblées ;
  • de 15 % à 50 % pour l’arachide ;
  • de 10 % à 30 % pour le sel.

Ces évolutions visent à capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, en réduisant l’exportation de matières premières non transformées.

Un impact social massif attendu

Sur le plan socio-économique, le projet prévoit la création de près de 130 000 emplois directs et de plus de 200 000 emplois indirects, principalement au profit des jeunes et des femmes, fortement représentés dans les chaînes de valeur agricoles.

L’amélioration des revenus des producteurs constitue également un axe central, à travers une meilleure structuration des débouchés et une valorisation accrue des productions locales.
« L’Agropole Centre est un projet d’envergure qui promeut l’équité territoriale en faisant de la zone centre un pôle de transformation agro-industrielle, capable de générer de la valeur ajoutée et des emplois durables », explique Babou Dramé, coordonnateur du projet.

Une approche intégrée des chaînes de valeur

Le projet repose sur une coordination institutionnelle étroite. Le ministère de l’Industrie et du Commerce pilote les volets liés à la transformation et à l’industrialisation, tandis que le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage est chargé de renforcer l’offre en matières premières.

Ce dernier intervient notamment sur l’appui aux organisations de producteurs, l’amélioration de la productivité agricole et la maîtrise de l’eau, afin de sécuriser l’approvisionnement des unités de transformation.

Une brique d’un programme national plus ambitieux

L’Agropole Centre s’inscrit dans le Programme national de développement des agropoles du Sénégal (PNDAS), qui prévoit l’aménagement de quatre autres agropoles dans le Sud, l’Ouest, le Nord et l’Est du pays.

Chaque agropole repose sur une logique de spécialisation régionale. L’Agropole Nord, par exemple, cible le riz, l’horticulture d’exportation, l’élevage et la pêche, tandis que celle du Sud privilégie la mangue, l’anacarde et le maïs.

Réduire la facture alimentaire du pays

Au-delà des enjeux industriels, ces projets répondent à une contrainte macroéconomique majeure : la dépendance alimentaire. Le Sénégal est le deuxième pays de l’UEMOA qui consacre le plus de ressources aux importations de denrées alimentaires.

Selon les données de la CNUCED, le pays a importé en moyenne 1,88 milliard de dollars de produits alimentaires par an entre 2021 et 2023, notamment du riz, du blé, du maïs, de l’huile de palme, des produits laitiers et du sucre.

En renforçant la transformation locale et en stimulant la production nationale, Dakar espère réduire durablement cette facture, améliorer la balance commerciale et consolider sa souveraineté alimentaire.

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