Côte d’Ivoire : état des lieux macroéconomique (2011-2025)

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Depuis la fin de la crise post-électorale du début des années 2010, la Côte d’Ivoire a engagé une trajectoire de redressement économique rapide, qui l’a progressivement repositionnée comme l’un des pôles de croissance majeurs d’Afrique de l’Ouest. Entre 2011 et 2025, le pays est passé d’une économie en reconstruction à une économie de consolidation, confrontée à des enjeux nouveaux liés à la soutenabilité de la croissance, à la dette publique et à la création d’emplois.

Une croissance robuste sur la durée, malgré des chocs successifs

La période 2011-2019 correspond à une phase de rattrapage économique accéléré. Après plusieurs années d’instabilité, l’économie ivoirienne bénéficie d’un fort rebond, porté par la relance de l’investissement public, la réhabilitation des infrastructures de base et le retour progressif de la confiance des investisseurs. Sur l’ensemble de cette période, la croissance se maintient à des niveaux élevés, souvent supérieurs à 7 %, faisant de la Côte d’Ivoire l’un des moteurs de l’UEMOA.

La crise sanitaire mondiale de 2020 marque un ralentissement, mais sans provoquer de rupture durable. Contrairement à de nombreuses économies, la Côte d’Ivoire évite la récession profonde et amorce dès 2021 une reprise soutenue, portée par la demande intérieure, l’agriculture d’exportation et les services.

Depuis 2022, la croissance reste positive mais évolue dans un environnement plus contraint. La hausse des prix mondiaux de l’énergie, les tensions géopolitiques et le durcissement des conditions financières internationales pèsent sur les équilibres macroéconomiques. Malgré cela, les projections pour 2024-2025 confirment une dynamique de croissance résiliente, traduisant le passage progressif d’une logique de rattrapage à une logique de consolidation.

Inflation : un choc importé progressivement maîtrisé

Pendant une grande partie de la décennie, l’inflation est restée contenue, reflétant une relative stabilité macroéconomique. Cette situation change à partir de 2022, avec une accélération marquée des prix, essentiellement liée à des facteurs externes. La flambée des prix de l’énergie, la hausse des coûts du transport maritime et les tensions sur les marchés alimentaires internationaux se répercutent sur les prix à la consommation.

Cette inflation demeure toutefois majoritairement importée. À partir de 2024, une décrue progressive est observée, soutenue par la normalisation des chaînes d’approvisionnement, le recul des prix internationaux et l’action de la politique monétaire régionale. L’enjeu reste de contenir les pressions inflationnistes sans freiner la dynamique économique.

Déficit budgétaire : une trajectoire sous surveillance

Sur la période 2011-2025, la politique budgétaire ivoirienne a été marquée par une montée progressive des déficits. Cette évolution s’explique par le choix assumé de soutenir la croissance par l’investissement public, mais aussi par les réponses apportées aux crises successives, notamment la pandémie et la flambée des prix.

Depuis 2023, les autorités ont engagé une stratégie de consolidation budgétaire visant à réduire progressivement le déficit, tout en préservant les dépenses jugées prioritaires, notamment dans les infrastructures, l’éducation et l’énergie. La difficulté réside dans l’équilibre à trouver entre discipline budgétaire et soutien à l’activité économique.

Dette publique : un enjeu de soutenabilité plus que de volume

L’augmentation de la dette publique constitue l’un des marqueurs de la période récente. Elle reflète à la fois l’ampleur des investissements réalisés, l’accès accru aux marchés financiers internationaux et la nécessité d’absorber des chocs exogènes.

Si les ratios d’endettement ont progressé, la stratégie des autorités repose désormais sur une gestion plus active de la dette, combinant diversification des sources de financement, allongement des maturités et amélioration de la mobilisation des recettes internes. Le principal enjeu n’est plus tant le niveau de la dette que son coût et sa soutenabilité dans un contexte international marqué par des taux d’intérêt durablement plus élevés.

Investissement : pilier du modèle ivoirien

L’investissement demeure un moteur central de la croissance ivoirienne sur l’ensemble de la période. Les dépenses publiques ont permis de moderniser les infrastructures de transport, d’énergie et d’urbanisation, tandis que l’investissement privé s’est progressivement renforcé dans l’agro-industrie, les mines, l’immobilier et les services.

À moyen terme, la priorité affichée est d’accroître la qualité de l’investissement, en favorisant les projets à forte valeur ajoutée locale et en renforçant les liens entre grands projets et tissu économique national.

Emploi : le défi structurel persistant

Malgré une croissance soutenue, la création d’emplois formels reste en deçà des besoins d’une population jeune et en forte croissance. Le marché du travail demeure caractérisé par une prédominance de l’informel et un sous-emploi important, notamment chez les jeunes et les femmes.

La transformation structurelle de l’économie, condition nécessaire à une amélioration durable de l’emploi et de la productivité, reste donc un chantier majeur à l’horizon des prochaines années.

Les enseignements clés (2011-2025)

  • Une croissance forte et durable, parmi les plus élevées d’Afrique de l’Ouest
  • Une inflation largement importée, désormais sur une trajectoire de normalisation
  • Un déficit budgétaire sous contrôle, mais soumis à des arbitrages complexes
  • Une dette publique en hausse, avec un enjeu central de soutenabilité
  • L’emploi et la productivité comme principaux défis structurels

Conclusion : vers une croissance plus exigeante

Entre 2011 et 2025, la Côte d’Ivoire a réussi sa reconstruction économique et consolidé sa position régionale. Le pays entre désormais dans une phase plus exigeante, où la performance macroéconomique devra se traduire par une croissance plus inclusive, une création d’emplois accrue et une gestion plus fine des équilibres financiers.

Les choix opérés dans les prochaines années détermineront la capacité de l’économie ivoirienne à transformer ses acquis macroéconomiques en progrès sociaux durables.

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