En garantissant en 2025 plus de 100 milliards de nairas (environ 69 millions de dollars) de prêts et d’investissements agricoles, l’agence publique nigériane NIRSAL (Nigeria Incentive-Based Risk Sharing System for Agricultural Lending) a atteint un niveau annuel inédit depuis sa création. Cette performance relance une question centrale pour la première économie africaine : assiste-t-on à un véritable regain de confiance des banques envers le secteur agricole, ou à une dépendance accrue aux mécanismes publics de partage des risques ?
Un rôle de catalyseur, pas de prêteur
Créée pour corriger la frilosité du système bancaire face à l’agriculture, NIRSAL n’intervient pas comme prêteur direct. Son mandat consiste à réduire le risque perçu par les banques à travers des garanties, des outils de structuration financière et un accompagnement technique des projets agricoles.
En 2025, ces garanties ont permis de débloquer des financements dans des segments historiquement sous-financés : production primaire, agro-transformation, stockage, logistique et exportation. Selon l’institution, plusieurs chaînes de valeur ont ainsi bénéficié de crédits qui n’auraient pas été accordés sans ce mécanisme de partage des risques.
Cette contribution a été saluée à Lagos lors de la 2ᵉ édition des MSME Finance & CEO Awards, où NIRSAL a reçu le Prix du Facilitateur de l’Année pour le Financement des TPE/PME Agricoles. Son directeur général, Sa’ad Hamidu, a mis en avant « l’efficacité des modèles structurés de partage des risques » et le rôle clé des partenariats avec les institutions financières.
Des volumes en hausse, mais une intermédiation encore limitée
Si le chiffre de 100 milliards de nairas marque une avancée, il doit être mis en perspective avec la réalité du financement agricole au Nigeria. En septembre 2025, l’agriculture ne représentait qu’environ 3,95 % des crédits bancaires au secteur privé, selon les données officielles. Le National Bureau of Statistics indique par ailleurs que seulement 7 % des communautés agricoles déclarent avoir eu accès à un prêt bancaire.
Ces données suggèrent que l’intervention de NIRSAL, bien que significative, ne traduit pas encore un basculement structurel du comportement des banques. Le risque agricole – lié aux aléas climatiques, à l’informalité des exploitations, à l’absence de garanties classiques et aux faiblesses logistiques – demeure largement perçu comme élevé.
Autrement dit, les banques financent davantage l’agriculture lorsque le risque est partiellement externalisé vers une institution publique.
Un signal de confiance… conditionnel
Le niveau record des garanties accordées en 2025 indique néanmoins une évolution importante : les banques nigérianes semblent plus disposées à tester des modèles agricoles bancables, à condition qu’un acteur public assume une partie du risque initial. À ce titre, NIRSAL joue un rôle de pont entre un secteur stratégique pour l’économie et un système financier historiquement orienté vers le commerce, le pétrole et les services.
L’agence indique avoir signé 41 accords-cadres avec des institutions financières partenaires, un chiffre qui traduit un élargissement progressif de son réseau et une meilleure appropriation de ses instruments par les banques.
Le défi de la soutenabilité
La question centrale reste celle de la soutenabilité de ce modèle. Un véritable retour de la confiance bancaire supposerait, à moyen terme, une réduction de la dépendance aux garanties publiques, grâce à une amélioration de la rentabilité des projets agricoles, à une meilleure assurance contre les risques climatiques et à un renforcement des infrastructures rurales.
Dans cette optique, NIRSAL prévoit de renforcer son action en 2026, notamment en mobilisant des financements climatiques, afin d’intégrer davantage la gestion des risques environnementaux dans les montages financiers agricoles.
Une dynamique encore incomplète
En l’état, les garanties record de NIRSAL en 2025 traduisent moins une normalisation du financement agricole qu’un effort public massif pour corriger une défaillance de marché persistante. Elles témoignent d’une volonté accrue des banques d’explorer le secteur, mais sous protection.
Le véritable test viendra lorsque l’agriculture nigériane pourra attirer des financements bancaires à plus grande échelle, avec un niveau de garantie publique décroissant. D’ici là, NIRSAL demeure un acteur clé, mais aussi un révélateur des limites structurelles du crédit agricole au Nigeria.




