En Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso figure parmi les principaux producteurs de noix de cajou, aux côtés de la Côte d’Ivoire, du Nigeria, de la Guinée-Bissau, du Bénin et du Ghana. Depuis le début de l’année 2025, les autorités burkinabè ont clairement réorienté leur stratégie sectorielle vers la transformation locale, afin de capter davantage de valeur ajoutée.
Dans cette dynamique, le président Ibrahim Traoré a inauguré, le 20 décembre dernier à Bobo-Dioulasso, une nouvelle usine de transformation de noix de cajou. Baptisée Burkina Cajou, l’unité a mobilisé un investissement total de 9,74 milliards de francs CFA (environ 17,4 millions USD). Le projet, porté par le secteur privé, a bénéficié d’un appui public et financier à hauteur de 25 %, via notamment le Conseil burkinabè des filières agropastorales et halieutiques (CBF), le Fonds Dumu Ka Fa, le FBDES et la Banque commerciale du Burkina.
Dotée d’une capacité annoncée de 150 000 tonnes par an, l’usine constitue l’un des investissements industriels les plus importants réalisés récemment dans la filière anacarde au Burkina Faso. Elle s’inscrit dans une séquence plus large d’initiatives publiques et privées visant à renforcer la transformation locale. En mai 2025, le chef de l’État avait déjà lancé les travaux d’une unité de transformation de pommes de cajou à Péni, dans la région des Hauts-Bassins. Ce projet, porté par le CBF et estimé à 6,65 milliards de francs CFA (11,5 millions USD), vise une capacité de traitement de 5 000 tonnes par an pour la production de jus, vin, vinaigre et alcool.
Une filière encore dominée par l’exportation brute
Si ces investissements traduisent une volonté affirmée de montée en gamme, ils mettent aussi en lumière un défi structurel : l’accès durable des unités locales à la matière première. Le modèle historique de la filière reste largement orienté vers l’exportation de noix brutes, souvent plus rémunératrice à court terme pour les producteurs.
Selon le cabinet de conseil N’kalô, le Burkina Faso n’a transformé qu’environ 16 000 tonnes de noix de cajou en 2024, soit près de 10 % de la production nationale. Pourtant, la capacité installée de transformation était déjà estimée à 30 000 tonnes depuis 2021, d’après les données officielles. Faute d’approvisionnement suffisant, plusieurs unités sont contraintes de suspendre temporairement leurs activités chaque année.
Cette situation se reflète dans les chiffres du commerce extérieur. En 2024, les exportations burkinabè de noix de cajou et produits dérivés ont atteint environ 111,5 millions USD, mais les amandes transformées ne représentaient qu’environ 11 % de ce total, selon les données de Trade Map.
Une régulation encore en phase de test
Pour soutenir la transformation locale, le gouvernement a suspendu en mars 2025 les exportations de noix de cajou brute, afin de prioriser l’approvisionnement des unités industrielles. Cette mesure a été levée le 20 mai, après que les autorités ont estimé que les besoins nationaux avaient été couverts. L’exécutif a toutefois précisé qu’il se réservait le droit de réintroduire cette interdiction si les usines venaient à manquer de matière première.
Cette alternance entre suspension et levée des exportations illustre une phase de régulation encore expérimentale. L’État cherche à trouver un équilibre entre la préservation des revenus d’exportation et le développement d’un tissu industriel local plus robuste.
À mesure que les capacités de transformation augmentent, la pression sur l’approvisionnement local devrait s’accentuer. La question centrale reste donc celle de la soutenabilité de ce modèle : la transformation pourra-t-elle s’imposer durablement sans désinciter la production ou fragiliser les équilibres économiques de la filière ? Les prochaines campagnes de commercialisation seront déterminantes pour juger de la solidité de cette stratégie.




