Comme de nombreux pays africains, le Burkina Faso fait du numérique un levier central de transformation socio-économique. Longtemps concentrée sur les secteurs administratifs et économiques, cette dynamique s’étend désormais à la justice, que les autorités entendent rendre plus accessible, plus inclusive et moins dépendante de la proximité géographique.
Dans son discours à la Nation du 31 décembre, le président Ibrahim Traoré a annoncé une accélération de la digitalisation du secteur judiciaire à partir de 2026. L’objectif affiché est clair : permettre aux citoyens d’accéder aux services de la justice sans avoir à se déplacer systématiquement vers les tribunaux, généralement situés dans les centres urbains.
Selon le chef de l’État, la numérisation progressive des actes judiciaires doit réduire les contraintes de distance, de coûts et de délais, tout en favorisant un accès plus équitable aux documents et procédures judiciaires, notamment pour les populations rurales.
Cette annonce s’inscrit dans la continuité des initiatives déjà engagées ces derniers mois. Mi-décembre, le gouvernement a lancé trois nouvelles plateformes numériques dédiées à la justice. Elles permettent notamment le dépôt et le suivi des plaintes en ligne, la demande dématérialisée de permis de visite dans les maisons d’arrêt et de correction, ainsi que l’obtention à distance de documents liés au Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM), tels que les extraits, attestations d’inscription et certificats de non-faillite.
Le Burkina Faso avait déjà franchi une première étape avec la digitalisation de services comme le certificat de nationalité et le casier judiciaire. En deux ans, ces plateformes ont traité environ 467 000 demandes, générant près de 337 millions de francs CFA de recettes pour l’État. Un signal encourageant quant à l’appropriation progressive des services numériques par les usagers.
Pour les autorités, la modernisation de la justice s’inscrit dans une vision plus large de transformation numérique de l’administration. Le numérique est présenté comme un facteur de compétitivité, d’inclusion sociale et de transparence, dans un pays confronté à de multiples défis économiques et sécuritaires.
Le retard structurel reste toutefois important. Le Burkina Faso se classe actuellement au 175ᵉ rang sur 193 pays à l’indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies (EGDI), avec un score de 0,2895 sur 1, bien en deçà des moyennes régionale et mondiale. L’accès aux infrastructures numériques demeure également inégal. En 2024, la couverture mobile 2G atteignait 85 %, contre 64 % pour la 3G et 46 % pour la 4G. Selon l’Union internationale des télécommunications, le taux de pénétration d’Internet ne dépassait pas 17 % en 2023.
Conscientes de cette fracture numérique, les autorités burkinabè prévoient la mise en place de « Maisons du citoyen » dès cette année. Ces structures, appelées à être déployées dans les chefs-lieux de province et jusque dans certains départements, doivent servir de points d’accompagnement pour les populations peu familières avec les outils numériques.
L’enjeu est double : éviter que la dématérialisation n’exclue une partie de la population, et faire du numérique un véritable instrument de rapprochement entre l’État et les citoyens. Dans le cas de la justice, cette transition pourrait à terme contribuer à réduire les inégalités territoriales d’accès aux services publics, tout en améliorant l’efficacité et la traçabilité des procédures.




