Après près de quinze ans d’investissements massifs dans les infrastructures électriques, la Côte d’Ivoire entame une nouvelle phase de sa politique énergétique : celle de l’identification précise des zones encore non couvertes et des besoins résiduels d’extension du réseau. Une étape jugée décisive pour atteindre l’objectif d’accès universel à l’électricité.
Dans son message à la Nation du 31 décembre 2025, le président Alassane Ouattara a annoncé le lancement, avant fin mars 2026, d’un recensement national des localités non électrifiées et des besoins d’extension du réseau électrique. L’initiative concerne également l’accès à l’eau potable et vise à optimiser l’allocation des ressources publiques dans les zones encore marginalisées.
Cette annonce intervient dans un contexte marqué par une transformation profonde du secteur électrique ivoirien depuis 2011. Selon le bilan gouvernemental couvrant la période 2011-2025, le taux d’électrification des localités est passé de 33,1 % en 2011 à 95,67 % en juin 2025. Sur la même période, la capacité de production installée a plus que doublé, passant de 1 391 MW à 3 019 MW, soit une hausse de 117 %, portée principalement par les centrales thermiques et hydroélectriques.
Les infrastructures de transport et de distribution ont également connu une expansion significative, avec près de 7 700 kilomètres de lignes de transport et plus de 67 000 kilomètres de réseau de distribution déployés à l’échelle nationale. Ces investissements ont permis à la Côte d’Ivoire de consolider sa position de hub énergétique régional et d’exportateur net d’électricité vers plusieurs pays voisins.
Un écart persistant entre électrification et accès réel
Malgré ces avancées, les autorités reconnaissent que l’électrification des localités ne se traduit pas toujours par un accès effectif à l’électricité pour l’ensemble de la population. Selon la Banque mondiale, le taux d’accès à l’électricité en Côte d’Ivoire atteignait 72 % en 2023, mettant en évidence un écart significatif entre la présence d’infrastructures et le raccordement réel des ménages.
Cet écart s’explique notamment par le coût du raccordement, la dispersion de l’habitat dans certaines zones rurales, ainsi que par des contraintes économiques qui freinent la demande solvable. Le recensement annoncé vise ainsi à mieux cibler les investissements à venir, en identifiant précisément les zones où l’infrastructure existe sans être pleinement exploitée, et celles qui restent totalement hors réseau.
Un cadrage aligné sur les engagements énergétiques à l’horizon 2030
La démarche s’inscrit dans la continuité des engagements pris par la Côte d’Ivoire dans le cadre de son National Energy Compact. À travers cet accord, le pays s’est engagé à fournir un accès à l’électricité à environ 17 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030, afin d’atteindre un taux d’accès national de 100 %.
Le Compact prévoit également de porter la part des énergies renouvelables à 45 % du mix électrique et de mobiliser près de 2 milliards de dollars d’investissements privés pour accompagner cette trajectoire. Dans ce cadre, le solaire est appelé à jouer un rôle croissant, aux côtés de l’hydroélectricité et du thermique.
Des projets structurants, comme la centrale solaire de Kong, s’inscrivent dans cette dynamique de diversification du mix énergétique. Ils doivent contribuer à accélérer l’accès universel à l’électricité, à renforcer la résilience du système électrique et à conforter la Côte d’Ivoire dans son rôle de fournisseur d’énergie au sein de l’espace ouest-africain.
En ciblant désormais le « dernier kilomètre » de l’électrification, les autorités ivoiriennes cherchent à transformer un succès infrastructurel en un levier de développement économique et social plus inclusif.




