En Afrique de l’Ouest, le Ghana figure parmi les pays où la consommation de poisson par habitant est la plus élevée, avec près de 25 kg par an. Pourtant, le pays fait face depuis plusieurs années à un recul continu de sa production halieutique, alors même que la pêche assure environ 80 % de l’approvisionnement local en poisson.
Dans ce contexte, le ministère ghanéen des Pêches et de l’Aquaculture a annoncé, le 19 décembre, l’ouverture de discussions avec des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), au Canada. L’objectif affiché est de poser les bases d’un partenariat stratégique destiné à moderniser le secteur et à renforcer sa durabilité, à travers des politiques publiques fondées sur des données scientifiques, des analyses économiques et des réformes institutionnelles.
Selon le communiqué officiel, les échanges ont porté sur onze axes de coopération, parmi lesquels le renforcement des systèmes nationaux de collecte de données sur les pêches, l’évaluation économique des ressources marines, la réforme des subventions, la gestion de la capacité des flottes ou encore la mise en place d’une architecture de gouvernance de l’économie bleue. Pour les autorités, il s’agit de tirer parti d’une expertise internationale afin d’améliorer la gouvernance du secteur, préserver les moyens de subsistance des communautés côtières et stimuler une croissance durable.
Une production en recul structurel
Cette initiative intervient alors que la pêche ghanéenne peine à retrouver ses niveaux historiques. Le pic de captures avait été atteint en 1999, avec près de 496 770 tonnes. Depuis, la tendance est à la baisse. D’après les données de la FAO, les prises issues des eaux maritimes et continentales du pays ont reculé de 22,6 % sur le long terme, pour s’établir à 384 370 tonnes en 2023.
Cette contraction reflète plusieurs facteurs structurels : surexploitation des stocks, vieillissement des flottes, pratiques de pêche illégales, pression démographique sur les ressources marines et faibles capacités de contrôle. À cela s’ajoute une gouvernance jugée perfectible, tant sur le plan réglementaire que sur celui de la planification économique.
Un déficit croissant et une facture d’importation élevée
La baisse des captures pose un défi majeur en matière de sécurité alimentaire. Avec une consommation annuelle par habitant estimée à 24,6 kg, le Ghana affiche un déficit structurel d’approvisionnement en poisson, évalué à plus de 640 000 tonnes en 2021, selon les données officielles. L’aquaculture, encore marginale, ne parvient pas à compenser ce manque.
Cette situation se traduit par une dépendance accrue aux importations. En 2024, le pays a importé pour près de 1,25 milliard de cedis (environ 109,3 millions USD) de poissons congelés, selon le Service statistique du Ghana. Le poisson figure ainsi parmi les principaux postes de dépenses alimentaires, avec un impact direct sur la balance commerciale et le pouvoir d’achat des ménages.
Vers une refondation du modèle halieutique ?
Le partenariat envisagé avec l’Université de la Colombie-Britannique pourrait marquer une étape importante dans la refonte du modèle halieutique ghanéen. L’enjeu sera de traduire l’expertise scientifique et économique en réformes opérationnelles, capables de restaurer les stocks, d’améliorer la productivité et de sécuriser les revenus des acteurs du secteur.
Les prochains échanges devraient permettre de définir des programmes de travail concrets, des calendriers et des modalités de mise en œuvre. Reste à savoir si cette démarche débouchera sur une transformation durable, à la hauteur des défis économiques, sociaux et environnementaux auxquels le Ghana est confronté dans le secteur de la pêche.




