Face à la saturation chronique de l’axe routier Lagos–Abidjan, l’un des corridors économiques les plus stratégiques d’Afrique de l’Ouest, le Ghana mise sur la voie maritime pour fluidifier les échanges et améliorer la mobilité régionale. Le projet de ferry côtier s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des modes de transport et de renforcement de l’intégration logistique sous-régionale.
Selon des déclarations relayées par la presse locale et attribuées au ministre ghanéen des Transports, Joseph Bukari Nikpe, un cabinet de conseil maritime a été désigné afin d’accélérer la structuration d’un service de transport côtier par ferry sur le corridor maritime Lagos–Abidjan. L’objectif est de proposer une alternative crédible à un réseau routier de plus en plus congestionné, sur un axe vital pour les économies ouest-africaines.
Un service maritime régional pour passagers, marchandises et véhicules
Dévoilé en novembre 2025 par le président John Dramani Mahama, le projet prévoit la mise en place d’un service de transport transfrontalier de passagers, de marchandises et de véhicules entre les principales villes côtières de la région, notamment Lagos, Cotonou, Lomé, Accra et Abidjan. La desserte serait assurée par des navires de type RoPax, conçus pour transporter à la fois des passagers et des véhicules, avec une attention portée à la réduction des émissions.
Le déploiement du service nécessitera des investissements dans la construction ou la modernisation de terminaux portuaires dédiés, ainsi que dans la mise en place de systèmes numériques de gestion du trafic maritime et des flux passagers. Selon plusieurs sources locales, des phases d’essai pourraient être lancées dès 2026.
Désengorger la route et réduire les frictions aux frontières
Porté en partenariat avec des opérateurs privés, le projet vise explicitement à encourager un report modal du trafic routier vers la mer. L’enjeu est de réduire les coûts économiques liés aux retards, aux contrôles multiples et aux pratiques de racket fréquemment signalées sur les axes terrestres.
En offrant une alternative plus fluide, plus prévisible et potentiellement plus sûre, le transport maritime côtier pourrait améliorer la compétitivité logistique régionale et faciliter les échanges intra-communautaires, dans un contexte où les États cherchent à tirer pleinement parti de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Un corridor vital sous pression croissante
Aujourd’hui, en dehors de certains flux informels empruntant les voies fluviales et lagunaires, l’essentiel des échanges commerciaux et des déplacements entre les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest repose sur la route. Selon plusieurs études de la Banque africaine de développement, le corridor Lagos–Abidjan concentre près de 75 % des activités commerciales de la sous-région et constitue l’épine dorsale de la logistique multimodale ouest-africaine.
D’après le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), ce corridor traite plus de 50 millions de tonnes de fret par an, avec une croissance annuelle estimée entre 8 % et 10 %. Le trafic passagers dépasse 5 millions de véhicules par an, tandis que les délais de franchissement des frontières oscillent généralement entre 24 et 48 heures, selon les segments.
Le corridor dessert environ 200 millions de personnes dans les cinq pays riverains, dont près de 35 millions vivant dans les grands centres urbains directement connectés. Les volumes de trafic varient actuellement de 10 000 à 30 000 véhicules par jour, avec des projections allant jusqu’à 25 000 à 60 000 véhicules par jour à l’horizon 2040.
Vers une complémentarité route–mer–fleuve
Dans un contexte de croissance démographique rapide et d’urbanisation accélérée, la pression sur les infrastructures existantes devrait encore s’intensifier. C’est dans cette perspective que s’inscrit également le projet d’autoroute transnationale Lagos–Abidjan, longue de 1 080 km et dimensionnée pour absorber jusqu’à 60 000 véhicules par jour aux heures de pointe.
Le service de ferry côtier porté par le Ghana apparaît ainsi comme un outil complémentaire, appelé à soulager les routes tout en s’articulant avec d’autres initiatives en cours à Abidjan, Lagos ou Cotonou, visant à développer le transport fluvio-lagunaire. À terme, ces projets pourraient contribuer à l’émergence d’un réseau intégré de transport par voie d’eau, capable de soutenir durablement la mobilité, le commerce régional et l’intégration économique ouest-africaine.




