La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) aborde l’exercice 2026 dans le sillage d’une année 2025 exceptionnelle, marquée par une création de valeur boursière sans précédent. Mais ce début d’année est aussi caractérisé par un net ralentissement des volumes échangés, relançant le débat sur la profondeur réelle et la soutenabilité de la liquidité du marché financier régional de l’UEMOA après une phase d’expansion particulièrement intense.
Entre fin 2024 et fin 2025, la capitalisation boursière totale de la BRVM s’est accrue de 3 198 milliards de FCFA, soit environ 5,5 milliards de dollars. Une progression historique, qui ne s’explique que marginalement par les introductions en bourse enregistrées au cours de l’année. Elle résulte avant tout d’une revalorisation généralisée des titres cotés, portée par l’amélioration des performances financières des entreprises et par un repositionnement progressif des investisseurs en faveur du marché des actions.
Cette création de valeur constitue aujourd’hui un socle technique important pour la BRVM, en renforçant sa capacité de résistance face aux ajustements à court terme. Elle traduit aussi une montée en maturité du marché, longtemps perçu comme étroit, mais désormais capable d’absorber des flux significatifs sans déséquilibres majeurs.
Depuis le début de l’année 2026, les indices affichent un léger repli de 0,98 % à la date du 12 janvier. Ce mouvement s’apparente davantage à une phase de consolidation technique qu’à un retournement de tendance. À moyen terme, la performance globale du marché demeure positive, soutenue par la hausse marquée des cours enregistrée en 2025 et par le poids des dividendes, qui restent un pilier central du rendement total des portefeuilles investis à la BRVM.
L’exercice 2025 a d’ailleurs été marqué par une activité boursière particulièrement soutenue, avec plus de 274 milliards de FCFA de volumes de transactions sur l’année. Cette dynamique s’est appuyée sur la solidité des résultats publiés par les sociétés cotées, validant les niveaux de valorisation atteints, mais aussi sur des politiques de distribution généreuses. Les dividendes annoncés et majoritairement versés au titre de l’exercice 2024 ont atteint près de 632 milliards de FCFA, offrant un rendement réel compris entre 7 % et 8 %, particulièrement attractif face aux instruments à taux.
Une inflexion de la liquidité à surveiller
Le début de l’année 2026 marque toutefois une inflexion notable des volumes échangés. La comparaison des mois de janvier met en évidence un essoufflement progressif de l’activité : 11 milliards de FCFA en janvier 2023, 9,6 milliards de FCFA en janvier 2025, et environ 5 milliards de FCFA au 12 janvier 2026. Bien que partiel, ce dernier chiffre suggère une contraction de la liquidité, dans un contexte où le marché semble entrer dans une phase d’absorption après les volumes exceptionnellement élevés observés l’an dernier.
Cette évolution pose une question centrale pour 2026 : la capacité de la BRVM à maintenir un rythme soutenu d’échanges sur la durée. Si la liquidité demeure suffisante pour assurer le bon fonctionnement du marché, son ralentissement pourrait devenir un point de vigilance à court terme, notamment pour les investisseurs les plus sensibles aux rotations rapides de portefeuille.
À ce stade, ce tassement des volumes ne s’accompagne toutefois d’aucune dégradation des fondamentaux économiques. Les données cumulées à fin septembre 2025 confirment une croissance robuste de l’activité et des résultats des sociétés cotées. Le chiffre d’affaires consolidé devrait dépasser 7 641 milliards de FCFA, tandis que le résultat net global est estimé à plus de 1 220 milliards de FCFA.
Les grandes capitalisations continuent de jouer un rôle moteur. Sonatel affiche ainsi un résultat net de 311 milliards de FCFA, en hausse de 8 %, tandis que le groupe Ecobank enregistrait près de 280 milliards de FCFA de bénéfices, en progression de 10 %. Ces performances soutiennent la valorisation globale du marché et limitent le risque d’un ajustement brutal.
Dans ce contexte, la correction observée depuis le début de l’année apparaît essentiellement d’ordre technique. La BRVM présente ainsi un profil contrasté : des fondamentaux solides et des valorisations historiquement élevées, mais une liquidité en retrait à court terme.
La publication des résultats annuels complets constituera le principal catalyseur des prochains mois. Elle permettra de déterminer si le ralentissement observé n’est qu’un ajustement transitoire après une année hors norme, ou s’il révèle un enjeu plus structurel de profondeur et de rotation des capitaux sur le marché financier régional.




