Guinée : la filière coton amorce une relance après plus de vingt ans de déclin

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Longtemps pilier de l’agriculture guinéenne, la filière coton tente de sortir d’une longue traversée du désert. Après deux décennies de recul marqué de la production, le gouvernement multiplie depuis 2025 les initiatives pour relancer un secteur stratégique, à la fois pour l’emploi rural, les exportations et la diversification de l’économie.

Le 18 décembre 2025, le ministère de l’Agriculture a franchi un nouveau cap en remettant officiellement 50 motoculteurs et 2 000 tonnes d’intrants agricoles (engrais et produits phytosanitaires) à la Société Cotonnière de Kankan (SCK), principal opérateur de la filière. Objectif : renforcer les capacités productives d’une entreprise en difficulté et soutenir une montée en puissance rapide des superficies cultivées.

Selon Moussa Doumbouya, directeur général de la SCK, l’entreprise prévoit de financer au moins 5 000 hectares de coton lors de la campagne 2025/2026, contre seulement 1 000 à 2 000 hectares en moyenne ces dernières années. À moyen terme, la stratégie vise un doublement progressif des superficies chaque année, afin de retrouver des volumes de production significatifs dans les cinq à six prochaines années.

Une relance structurée autour de trois leviers

Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large articulée autour de trois piliers :
la réhabilitation industrielle, l’appui direct aux producteurs et les partenariats technologiques.

En avril 2025, le ministère de l’Agriculture a ainsi signé un protocole d’accord avec Netafim, le spécialiste israélien de l’irrigation de précision. L’ambition est de moderniser la production cotonnière grâce au transfert de compétences, notamment via l’irrigation goutte-à-goutte, la mécanisation et la diffusion de bonnes pratiques agricoles.

« Ces techniques permettront d’améliorer les rendements, d’atteindre jusqu’à 6 tonnes par hectare et de promouvoir une mécanisation agricole efficace », expliquait alors Frédéric Dollon, représentant de Netafim à Conakry. Un niveau de performance qui, s’il est atteint, repositionnerait la Guinée parmi les producteurs compétitifs de la sous-région.

Parallèlement, l’État a annoncé la libération de 30 % du capital social de la SCK, afin d’assainir la situation financière de l’entreprise, régler les arriérés de salaires et préparer la campagne 2025/2026 dans de meilleures conditions.

De fleuron agricole à secteur marginalisé

Pour mesurer l’enjeu, il faut rappeler le rôle historique du coton en Guinée. Créée en 1982 sous le nom de Société Cotonnière de Guinée, la SCK structurait autrefois une filière couvrant une dizaine de préfectures et générant des milliers d’emplois directs et indirects.
À la fin des années 1990, la production atteignait encore près de 100 000 tonnes par an, faisant du coton l’une des principales cultures de rente du pays.

Le retrait du partenaire français, à la fin des années 1990, marque le début du déclin. Faute d’investissements, de stratégie claire et de gouvernance efficace, la production s’est effondrée : 40 000 tonnes, puis 10 000, jusqu’à seulement 2 000 à 3 000 tonnes par an aujourd’hui. Les équipements sont devenus obsolètes, la transformation industrielle s’est contractée et la filière a progressivement perdu sa crédibilité auprès des producteurs.

Un potentiel encore largement sous-exploité

La Guinée dispose pourtant d’un potentiel considérable : plus d’un million d’hectares cultivables adaptés au coton, répartis dans cinq régions administratives. Dans le cadre du programme Simandou 2040, feuille de route stratégique du gouvernement pour transformer l’économie entre 2025 et 2040, la filière coton est identifiée comme un levier de croissance, de valeur ajoutée et de développement rural.

Si les mesures engagées produisent leurs effets, la Guinée pourrait progressivement réduire l’écart qui la sépare des poids lourds régionaux que sont le Bénin, le Mali, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, aujourd’hui au cœur de la production cotonnière africaine.

La relance de la filière coton apparaît ainsi comme un test grandeur nature de la capacité du pays à reconstruire une chaîne de valeur agricole compétitive, intégrant modernisation technique, gouvernance rénovée et insertion durable dans les marchés régionaux et internationaux.

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