Après plus de vingt ans de retards, de renégociations et de controverses, le mégaprojet minier guinéen de Simandou commence à produire des effets concrets. Le gisement de fer à haute teneur a officiellement fait son entrée dans les circuits internationaux, avec la réception en Chine d’une première cargaison de minerai.
Le groupe chinois China Baowu Steel, premier producteur mondial d’acier et actionnaire du projet, a indiqué avoir réceptionné un navire transportant près de 200 000 tonnes de minerai de fer guinéen. Selon un communiqué publié sur le compte WeChat du groupe et relayé par la presse internationale, le navire est arrivé le 17 janvier au port de Majishan, dans la province du Zhejiang, après 46 jours de traversée. Une seconde cargaison a quitté la Guinée fin décembre, confirmant le démarrage progressif des flux commerciaux.
Un projet longtemps attendu qui change d’échelle
Cette première livraison marque une étape hautement symbolique pour Simandou, longtemps considéré comme « le plus grand projet minier non développé au monde ». Situé dans le sud-est de la Guinée, entre Beyla et Kérouané, le gisement est reconnu pour la qualité exceptionnelle de son minerai, avec une teneur en fer supérieure à 65 %.
Le projet a officiellement franchi le cap de la production le 11 novembre 2025, après plus de deux décennies marquées par des litiges contractuels, des changements d’actionnaires et des blocages politiques. Il est développé par Rio Tinto (via Rio Tinto Simfer) et le Winning Consortium Simandou, dans un schéma de partenariat étroit avec l’État guinéen.
À pleine capacité, les quatre blocs du gisement devraient produire jusqu’à 120 millions de tonnes par an, avec une phase intermédiaire ciblant environ 60 millions de tonnes durant la montée en puissance.
Le corridor transguinéen, clé de voûte du projet
L’entrée en production de Simandou repose sur un investissement logistique hors normes : le corridor ferroviaire transguinéen, long de plus de 600 kilomètres, reliant les zones minières de la Guinée forestière aux ports en eau profonde de la côte atlantique. Cette infrastructure constitue l’épine dorsale du projet, permettant l’acheminement du minerai vers les marchés internationaux et structurant, au passage, un axe de développement inédit pour le pays.
Un levier stratégique pour la Guinée
Pour la Guinée, l’exportation des premières tonnes marque le début d’un changement d’échelle économique. Les institutions financières internationales estiment que Simandou pourrait, à terme, augmenter significativement le PIB, renforcer les recettes publiques et accroître le poids du secteur minier dans l’économie nationale.
Les autorités entendent inscrire ce projet dans une trajectoire plus large de transformation économique, à travers le programme Simandou 2040, qui vise à canaliser une partie des revenus miniers vers les infrastructures, l’agriculture, l’éducation et l’industrialisation, afin d’éviter l’écueil d’une économie strictement extractive.
Un enjeu industriel et géopolitique pour la Chine
Côté chinois, l’enjeu est d’abord stratégique. La Chine importe environ 80 % de son minerai de fer d’Australie et du Brésil et cherche depuis plusieurs années à diversifier ses sources d’approvisionnement. L’investissement dans Simandou s’inscrit dans cette logique de sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
La qualité élevée du minerai guinéen répond également aux besoins d’une industrie sidérurgique engagée dans la réduction de son empreinte carbone. Un minerai plus riche permet de produire de l’acier avec moins d’énergie et moins d’émissions. Des analystes de S&P Global estiment ainsi que l’impact de Simandou dépassera le cadre asiatique, en influençant aussi les chaînes d’approvisionnement européennes, à mesure que l’industrie sidérurgique mondiale s’oriente vers des procédés plus propres.
Un tournant historique, mais des défis à venir
L’arrivée des premières cargaisons ne marque pas la fin du chemin. La montée en puissance industrielle, la stabilité opérationnelle, la gestion des impacts sociaux et environnementaux, ainsi que la gouvernance des revenus miniers resteront déterminantes pour juger du succès réel de Simandou.
Mais une chose est acquise : après deux décennies d’attente, la Guinée est désormais entrée, par Simandou, dans la géographie mondiale du minerai de fer.




