Le Burkina Faso veut accélérer le développement de l’aquaculture afin de réduire sa forte dépendance aux importations de produits halieutiques, qui couvrent près de 80 % de ses besoins. Le mercredi 4 février, le ministre de l’Agriculture Ismael Sombié a inauguré un nouveau projet de pisciculture en cages flottantes à Dori, dans la région du Liptako, sur la retenue d’eau du barrage de Yakouta.
Selon le ministère, 22 cages ont été empoissonnées lors de la cérémonie, avec plus de 150 000 alevins. Une seconde phase prévoit l’installation de 50 cages au total, pour une capacité anticipée d’environ 200 tonnes de poissons par an. La technique de la pisciculture en cages flottantes, encore récente au Burkina Faso, permet d’élever les poissons dans des structures immergées fixées sur des plans d’eau, offrant un mode de production intensif et maîtrisé.
Ce nouveau site confirme l’intérêt croissant pour ce type de production. Une première expérience avait été menée avec succès en avril 2024 sur le barrage de Samandéni, dans les Hauts-Bassins, dans le cadre de l’Offensive agropastorale et halieutique. 180 cages flottantes avaient alors été installées, avec l’ambition d’atteindre 54 000 tonnes de poissons par an grâce à l’appui d’investisseurs privés.
Dans la dynamique créée par Samandéni, un autre projet, soutenu par le Fonds de souveraineté alimentaire Dumu Ka Fa, a été lancé sur le site du barrage de Bagré, mobilisant 44 promoteurs privés et offrant un potentiel de 1 500 tonnes de production annuelle.
Un potentiel halieutique encore largement sous-exploité
Les données de la FAO montrent que l’aquaculture burkinabè reste embryonnaire : sur 31 406 tonnes de poissons produits en 2023, seules 1 127 tonnes proviennent de l’élevage, le reste étant issu de la pêche artisanale et continentale. En parallèle, la consommation nationale atteignait 241 441 tonnes, révélant un déficit supérieur à 200 000 tonnes comblé par les importations.
Selon l’INSD, le pays a importé en moyenne 165 141 tonnes de produits halieutiques par an entre 2020 et 2024, pour une facture cumulée de 19,3 milliards FCFA (34,7 millions USD). Une vulnérabilité que le gouvernement souhaite réduire en stimulant la production locale.
Le potentiel théorique d’aquaculture du Burkina Faso est estimé à 110 000 tonnes par an, mais à peine 1 % en est exploité aujourd’hui. Pour encourager les investissements, les autorités ont introduit dans la loi de finances rectificative 2025 une exonération de TVA sur les aliments pour poissons, un levier essentiel dans un secteur où l’alimentation représente environ 80 % des coûts de production.
Un rapport du World Economic Forum, publié le 19 janvier, souligne que les difficultés d’approvisionnement en aliments pour poissons en Afrique rendent les coûts aquacoles 10 à 20 % plus élevés que la moyenne mondiale.
Avec la multiplication des projets et l’appui des pouvoirs publics, la pisciculture en cages flottantes apparaît comme un outil stratégique pour réduire le déficit halieutique du Burkina Faso et dynamiser une filière encore largement sous-exploitée. Reste à mesurer, dans les prochaines années, la capacité du pays à attirer suffisamment d’investisseurs pour exploiter ce potentiel.




