Le Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, est rattrapé à son tour par la crise qui secoue l’ensemble du bassin ouest-africain. Après la Côte d’Ivoire, qui a annoncé en janvier le rachat public de volumes invendus, le Conseil ghanéen du cacao (Cocobod) fait état d’un stock de 50 000 tonnes de fèves non écoulées dans les ports du pays. Une situation qui intervient alors que la filière assure près de 15 % des recettes d’exportation nationales.
Depuis le lancement de la campagne 2025/2026, le Ghana a commercialisé environ 530 000 tonnes de cacao. Mais cette cadence masque des tensions croissantes. « Nous avons des discussions très sérieuses. C’est un dossier que le gouvernement prend extrêmement au sérieux et nous voulons régler la question au plus vite », a déclaré à Reuters Ransford Abbey, directeur général du Cocobod.
Le problème est largement exogène. Entre décembre 2024 et décembre 2025, les cours mondiaux ont plongé de près de 60 % : de 13 000 dollars la tonne à la Bourse de New York, ils se situent désormais entre 4 000 et 4 500 dollars. Une volatilité extrême qui a mis à mal l’ensemble de la chaîne d’achat, en particulier les compagnies agréées (Licensed Buying Companies – LBCs), chargées de collecter le cacao auprès des producteurs.
La crise de liquidité que traversent ces opérateurs s’explique également par le niveau historiquement élevé du prix bord champ, fixé à 58 000 cédis la tonne (environ 5 281 dollars). Avec des prix internationaux désormais très inférieurs au coût d’achat au producteur, nombre de traders ne parviennent plus à financer les volumes collectés, provoquant l’accumulation de stocks dans les entrepôts et aux ports.
La question d’une intervention publique est désormais sur la table. En Côte d’Ivoire, le gouvernement a déjà annoncé le rachat de 123 000 tonnes pour environ 508 millions de dollars afin d’éviter l’asphyxie du système et de sécuriser les revenus paysans. Au Ghana, les appels des LBCs se multiplient. Selon les informations relayées par Reuters, les opérateurs jugent nécessaire une bouffée d’oxygène financière permettant le rachat urgent d’environ 300 000 tonnes de cacao. Ce volume comprend les stocks déjà présents sur les ports, les fèves non réglées qui dorment encore dans les entrepôts des LBCs, les quantités conservées par les producteurs et les volumes additionnels attendus de la récolte intermédiaire prévue de mars à août.
Pour l’heure, le gouvernement n’a pas annoncé de dispositif équivalent à celui d’Abidjan. Mais au sein de la filière, l’idée d’un soutien exceptionnel s’impose comme le seul moyen d’éviter une paralysie prolongée du marché. Dans l’ex-Gold Coast comme en Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse la seule campagne agricole : il s’agit d’éviter une crise systémique dans un secteur vital pour l’économie, l’emploi rural et l’équilibre budgétaire.
La dynamique des prochains mois dépendra largement de l’évolution des prix mondiaux, encore instables, et de la capacité des autorités à agir rapidement pour assainir la chaîne de commercialisation. Dans un contexte où le cacao reste stratégique pour l’Afrique de l’Ouest, l’onde de choc de cette crise pourrait redessiner durablement les équilibres de la filière.




