L’Union économique et monétaire ouest-africaine traverse une phase inhabituelle : depuis juin 2025, l’inflation y est devenue négative. En décembre, la baisse des prix a atteint – 0,8 % en glissement annuel, poursuivant une tendance engagée au milieu de l’année. Un phénomène rare dans cette zone historiquement marquée par des tensions inflationnistes, et qui interroge sur ses origines comme sur ses implications macroéconomiques.
La première source de cette déflation réside dans l’environnement international. L’année 2025 a été caractérisée par un net recul des cours des matières premières. Le pétrole brut s’est échangé en moyenne à des niveaux inférieurs de 16 % à ceux de 2024, tandis que les produits alimentaires importés — essentiels dans le panier de consommation ouest-africain — ont vu leurs prix s’effondrer de 27,6 %. Le riz, denrée centrale pour les ménages, a chuté de 40 %, le sucre de 31,9 %, le lait de 17,7 % et les huiles végétales de 7,2 %. Dans une région fortement dépendante de ces importations, cette dynamique s’est immédiatement répercutée sur l’indice des prix à la consommation.
L’évolution du taux de change a amplifié la tendance. L’euro s’est apprécié de plus de 12 % face au dollar en 2025. Or, le franc CFA étant arrimé à la monnaie européenne, les importations libellées en dollars ont mécaniquement coûté moins cher aux économies de l’Union. Ce facteur a contribué à renforcer la baisse des prix à la pompe comme dans les marchés alimentaires, consolidant la dynamique déflationniste.
À cette pression externe s’est ajouté un choc d’offre interne positif. La BCEAO estime que la production céréalière de la campagne 2025-2026 a progressé de 7,7 %, atténuant la pression sur les prix des denrées locales. Cette amélioration de l’offre agricole, combinée au recul des prix internationaux, explique largement la persistance de l’inflation négative. Elle ne reflète toutefois pas une accélération de la demande intérieure. L’inflation sous-jacente — qui exclut énergie et produits frais — n’atteignait que 0,1 % en décembre 2025, indiquant des prix quasi stagnants pour le panier de consommation courant.
L’activité économique, de son côté, demeure résiliente mais sans accélération notable. L’indice global d’activité est resté proche de sa moyenne de long terme, oscillant entre 100,8 et 101,2 entre octobre et décembre. Selon les estimations, le PIB réel de l’Union a progressé de 6,7 % en 2025, une performance élevée mais dont les effets sur la consommation privée demeurent limités. À fin décembre, les créances sur l’économie n’augmentaient que de 7,1 % sur un an, un rythme faible au regard de l’expansion monétaire de 17,4 % constatée sur la période.
Face à cette configuration inédite, la BCEAO a choisi la continuité. Son taux minimum de soumission est maintenu à 3,25 % depuis juin 2025, tandis que le guichet de prêt marginal reste fixé à 5,25 %. Malgré sept mois de baisse des prix, l’institution privilégie la prudence, notamment en raison des besoins de financement élevés des États et de la nécessité de préserver la stabilité financière.
Si la déflation actuelle soulage temporairement le pouvoir d’achat, elle repose essentiellement sur des facteurs externes, volatils et non reproductibles par la politique économique interne. Une remontée des prix mondiaux du pétrole ou des céréales pourrait mettre fin rapidement à cette phase, prévient un universitaire togolais. À l’inverse, une déflation prolongée poserait la question du soutien à l’activité, de la capacité de l’Union à dynamiser le crédit au secteur privé et de la nécessité éventuelle d’assouplir davantage la politique monétaire.
Dans un contexte où la région aborde 2026 avec des marges budgétaires limitées et un environnement international incertain, la trajectoire de l’inflation sera l’un des indicateurs clés pour apprécier la solidité de la reprise post-crises dans l’UEMOA.




