Ghana : un plan directeur pour relancer une filière avicole en perte de vitesse

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Premier marché de la viande de volaille en Afrique de l’Ouest, le Ghana demeure paradoxalement fortement dépendant des importations pour satisfaire sa demande intérieure. Près de 80 % des besoins nationaux en viande de poulet proviennent aujourd’hui de l’étranger. Face à cette situation, les autorités entendent structurer une réponse stratégique à travers l’élaboration d’un plan directeur dédié au développement du secteur avicole.

Le ministère de l’Agriculture a ainsi engagé un consultant pour piloter ce chantier, en partenariat avec Agri-Impact Limited et la Mastercard Foundation. L’objectif est de doter le pays d’une feuille de route claire afin de stimuler la production locale, améliorer la compétitivité, attirer des investissements publics et privés et, à terme, réduire la facture des importations.

Le processus, qui doit être finalisé en 2026, repose sur des consultations avec les acteurs de la filière dans les principales zones de production – Nord, Middle Belt et Sud – afin d’intégrer les réalités régionales dans les orientations stratégiques.

Une industrie en recul structurel

La filière avicole ghanéenne a connu son âge d’or dans les années 1980 et 1990, période durant laquelle elle couvrait jusqu’à 80 % des besoins nationaux. Aujourd’hui, la situation est radicalement différente. Selon les données du United States Department of Agriculture (USDA), la production locale de viande de poulet s’est limitée à 60 000 tonnes en 2023, pour une consommation estimée à 330 000 tonnes. La production nationale ne représente ainsi qu’environ 18 % de la demande totale.

Ce déclin s’explique par une combinaison de facteurs structurels : coût élevé des aliments pour animaux, dépendance aux importations de maïs et de soja, insuffisance de poussins d’un jour, faibles capacités de couvoirs et d’unités de transformation, ainsi qu’un déficit en infrastructures de chaîne du froid. À cela s’ajoute la concurrence des produits importés à bas prix, qui exerce une pression constante sur les marges des producteurs locaux.

Pour Abraham Sarfo, spécialiste des chaînes de valeur chez Agri-Impact Limited, le redressement du secteur passe par un recours accru à la technologie et à l’innovation. Télédétection, outils de suivi sanitaire à distance, amélioration de la gestion des exploitations : autant de leviers susceptibles d’accroître la productivité et de réduire les pertes.

Vers une stratégie intégrée de relance

Cette démarche s’inscrit dans la continuité du programme « Poultry Farm to the Table Programme », lancé en février 2025 par le gouvernement. L’initiative prévoit notamment un meilleur accès au crédit, la fourniture d’aliments pour volailles à des prix plus abordables, des formations techniques et la diffusion de races améliorées de poulets de chair.

Le plan directeur attendu devra aller au-delà des mesures ponctuelles et proposer une approche intégrée de la chaîne de valeur : production d’intrants, amélioration génétique, transformation, distribution et logistique. L’enjeu est double. Il s’agit non seulement de réduire la dépendance extérieure, mais aussi de créer des emplois et de renforcer la sécurité alimentaire dans un pays où la demande en protéines animales continue de croître.

Pour le Ghana, la réussite de cette stratégie conditionnera la capacité du pays à reconquérir un marché domestique aujourd’hui largement dominé par les importations.

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