Mali : Loulo-Gounkoto prolongée pour 10 ans, mais le flou persiste sur l’application du nouveau code minier

Date :

Partager l'article :

Après plusieurs mois de bras de fer, le groupe canadien Barrick Mining et l’État malien ont amorcé une décrispation autour du complexe aurifère Loulo-Gounkoto. Un accord trouvé en novembre dernier a permis d’enclencher la relance progressive des activités. Mais si les gestes d’apaisement se multiplient, certaines zones d’ombre subsistent, notamment sur l’application du nouveau code minier adopté en 2023.

Le vendredi 13 février, Bamako a franchi une étape supplémentaire en annonçant le renouvellement pour dix ans du permis d’exploitation de la mine de Loulo, l’une des deux composantes du complexe Loulo-Gounkoto. Cette licence, accordée en 1996 pour une durée de trente ans, arrivait à expiration ce mois-ci. Sa prorogation sécurise donc l’exploitation jusqu’en 2036.

Dans sa note officielle, le gouvernement indique que la décision a été prise « conformément aux dispositions du Code minier ». Aucune précision n’a toutefois été fournie sur les modalités concrètes de ce renouvellement, ni sur les termes d’une éventuelle renégociation de la convention minière, pourtant prévue par la législation en vigueur.

Au cœur du différend entre Barrick et les autorités maliennes figurait justement l’application du code minier de 2023, qui renforce la participation de l’État dans les projets extractifs. Désormais, Bamako peut détenir jusqu’à 30 % du capital d’une mine, auxquels peuvent s’ajouter 5 % réservés aux investisseurs locaux. Sous l’ancien régime, l’État possédait 20 % de Loulo, contre 80 % pour Barrick. La même répartition s’applique à Gounkoto, dont le permis reste valable jusqu’en 2042.

Le texte minier est explicite : l’expiration d’un permis entraîne la caducité de la convention d’établissement, et tout renouvellement implique une nouvelle négociation soumise au code en vigueur au moment du renouvellement. Or, aucune indication n’a été donnée sur l’issue d’un tel processus. La question d’une nouvelle convention minière demeure donc ouverte.

Depuis l’accord de novembre, plusieurs signaux ont néanmoins confirmé une volonté commune de normalisation. Barrick a versé 253 millions de dollars au titre d’impayés, tandis que les employés détenus au Mali ont été libérés. Le groupe a également réintégré Loulo-Gounkoto dans ses prévisions de production pour 2026.

Sur le plan opérationnel, l’enjeu est majeur. En 2025, la suspension des activités décidée par Barrick dans le contexte du litige a fortement pénalisé la production : la mine n’a livré que 36 200 onces d’or, contre 723 000 onces en 2024. Pour 2026, l’entreprise table sur une remontée progressive, avec un objectif pouvant atteindre 362 500 onces.

Le redémarrage de Loulo-Gounkoto est stratégique pour les deux parties. Pour Barrick Mining, il s’agit d’un actif clé inscrit désormais dans la durée. Pour le Mali, dont la production industrielle d’or a reculé de 22,9 % en 2025, la remise en régime du complexe est essentielle pour les recettes publiques et la balance extérieure.

Le tout intervient dans un contexte favorable sur les marchés. Les prix de l’or ont progressé de 64 % en 2025 et continuent d’évoluer à des niveaux élevés, avec une hausse mensuelle estimée à 8 % selon Trading Economics. Reste à savoir si la clarification des termes juridiques et capitalistiques accompagnera durablement la relance opérationnelle. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer la solidité du compromis trouvé entre Bamako et Barrick.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

spot_img

Articles similaires

Mauritanie : la demande de permis de construire désormais accessible en ligne sur Khidmaty

La Mauritanie poursuit la modernisation de son administration publique avec l’intégration d’un nouveau service sur Khidmaty, le portail...

Niger : la Banque mondiale mobilise 250 millions $ pour soutenir le financement des PME

La Banque mondiale a approuvé un financement de 250 millions de dollars destiné à améliorer l’accès au financement...

Nigeria : un partenariat envisagé avec Heifer International pour moderniser le secteur de l’élevage

Le gouvernement nigérian cherche à accélérer la transformation de son secteur de l’élevage afin d’améliorer la productivité du...

Côte d’Ivoire : un partenariat pour digitaliser les paiements et renforcer le recouvrement des recettes forestières

Le ministre des Eaux et Forêts, Assahoré Konan Jacques, a signé le 13 mars 2026 à Abidjan une...