Portée par les réformes engagées depuis 2024, la filière aurifère artisanale et à petite échelle (ASM) du Ghana a poursuivi sa transformation en 2025. Longtemps considérée comme marginale, elle s’est imposée comme le principal moteur de la production nationale, dépassant pour la première fois les volumes issus des mines industrielles. Le GoldBod, l’autorité publique chargée de réguler et structurer le segment ASM, entend désormais franchir une nouvelle étape.
Objectif : 127 tonnes d’or par an d’ici trois ans
Mercredi 25 février, le GoldBod a annoncé viser une production annuelle d’environ 127 tonnes d’or (soit près de 4,1 millions d’onces) au cours des trois prochaines années. Cette cible dépasse nettement le niveau déjà record de 96,4 tonnes (3,1 millions d’onces) enregistrées l’an dernier, après une progression de 60 % par rapport à 2024.
Pour y parvenir, l’institution prévoit une montée en puissance de son dispositif d’achat. Elle ambitionne notamment :
- d’acquérir au moins 2,45 tonnes d’or par semaine auprès des mineurs artisanaux via des circuits officiels ;
- de constituer des stocks stratégiques couvrant 3 à 4 semaines d’achats afin de fluidifier les opérations ;
- d’assumer, dès mars, « la pleine responsabilité de la signature des accords d’achat et de la gestion de la vente de tout l’or ASM ».
Parallèlement, un système d’incitations tarifaires et de bonus sera mis en place pour encourager les mineurs agréés à vendre leur production par les circuits formels et réduire la contrebande, un défi structurel de la filière.
Une filière artisanale devenue pilier national
Le Ghana, premier producteur d’or en Afrique, voit désormais sa performance aurifère tirée par la production artisanale. En 2025, l’ASM a dépassé les mines industrielles, dont la production est restée stable autour de 2,9 millions d’onces.
La consolidation de cet essor pourrait avoir un impact macroéconomique majeur. Avec les prix actuels avoisinant 5 160 USD l’once, l’objectif de 127 tonnes pourrait générer plus de 20 milliards de dollars de recettes d’exportation — un montant équivalent aux revenus globaux issus des exportations d’or en 2025.
Un levier stratégique pour les réserves de change
Au-delà du secteur minier, les autorités ghanéennes comptent mobiliser la filière ASM au service de la stabilité macroéconomique et de la reconstitution des réserves de change. Un accord est en préparation entre la Banque du Ghana et le GoldBod :
toutes les devises générées par les exportations officielles d’or ASM seront transférées exclusivement à la Banque centrale.
Ce mécanisme s’inscrit dans la stratégie nationale visant à consolider les réserves internationales, pilier essentiel du programme de stabilisation macroéconomique du pays.
Un tournant décisif, mais une mise en œuvre déterminante
Un an après sa création, le GoldBod affiche une ambition claire : ancrer la filière artisanale dans un modèle formel, structuré et économiquement stratégique. La réussite dépendra toutefois de la mise en œuvre opérationnelle des réformes annoncées : efficacité du système d’achat, discipline du réseau de production, lutte contre la contrebande et cohérence avec les besoins des communautés minières.
Si ces conditions sont réunies, la filière ASM pourrait durablement s’imposer comme un pilier de la stabilité économique du Ghana et un moteur majeur de ses performances aurifères dans les années à venir.




