L’Afrique, moteur historique de la production mondiale de cacao, conserve sa domination sur le segment biologique malgré une année 2024 marquée par un net repli des volumes exportés. Selon la dernière édition du rapport The World of Organic Agriculture publié par l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), les pays africains ont placé 22 467 tonnes de cacao bio sur le marché international en 2024, soit une baisse de 22,65 % par rapport aux 29 047 tonnes exportées en 2023.
Un recul lié au durcissement du cadre européen
Cette contraction est directement liée à l’entrée en vigueur du nouveau règlement biologique de l’Union européenne, qui exige depuis 2024 que les importations de pays tiers répondent strictement aux mêmes standards que ceux imposés aux producteurs européens.
Cette réforme marque la fin progressive du système d’équivalence, qui permettait jusque-là à certains pays africains d’exporter selon leurs propres normes jugées « comparables ».
Conséquence : une partie des plantations certifiées bio en Afrique n’a pas pu être maintenue dans le nouveau référentiel européen.
Les superficies conformes aux nouvelles exigences ont ainsi chuté de 309 164 hectares en 2023 à 238 258 hectares en 2024, soit un repli de 22,93 %.
Sierra Leone, nouveau champion africain du cacao bio
Sur un marché où les hiérarchies diffèrent nettement du cacao conventionnel, l’Afrique de l’Ouest impose un nouveau leader : la Sierra Leone.
- 9 177 tonnes exportées en 2024,
- soit 46 % de toutes les plantations africaines certifiées bio,
- et une position de n°2 mondial, juste derrière la République dominicaine (9 980 tonnes).
Cette performance confirme le basculement du centre de gravité du cacao bio vers des pays historiquement marginaux dans la production conventionnelle.
RDC et Ouganda : la montée en puissance de l’Afrique des Grands Lacs
Les deuxième et troisième places africaines sont occupées par deux pays d’Afrique centrale et de l’Est :
- République démocratique du Congo : 4 609 tonnes,
- Ouganda : 4 580 tonnes.
Chacun de ces deux acteurs a exporté environ moitié moins que la Sierra Leone, mais ils confirment une dynamique forte portée par des petits producteurs et des coopératives particulièrement engagés dans les normes bio.
Un marché dominé par quelques niches africaines
Derrière ce trio de tête, d’autres pays africains spécialisés dans la qualité se distinguent :
- São Tomé-et-Principe,
- Madagascar,
tous deux au-dessus du seuil des 1 000 tonnes.
Au total, 10 des 11 pays africains producteurs recensés ont exporté du cacao bio en 2024, le Cameroun constituant la seule exception cette année-là.
L’Afrique conserve plus de 53 % du marché mondial
Malgré le recul de la production conforme, le continent reste la première région exportatrice au monde.
- 42 080 tonnes de cacao bio exportées au niveau mondial en 2024.
- 53,3 % de ces volumes proviennent d’Afrique.
- L’Amérique latine arrive en deuxième position avec 19 560 tonnes, loin derrière.
Cette performance souligne la résilience des filières africaines sur les marchés de niche, mais également leur forte exposition aux standards réglementaires externes — en premier lieu ceux de l’Union européenne, premier importateur mondial de cacao bio.
Une année charnière pour la filière bio africaine
La baisse des volumes exportés ne remet pas en cause le positionnement stratégique de l’Afrique, mais elle signale la nécessité d’un recalibrage profond des systèmes de certification, de la traçabilité et des pratiques culturales.
Dans un marché mondial du cacao bio en pleine expansion, les pays producteurs africains devront désormais accélérer :
- la mise en conformité aux normes internationales ;
- la professionnalisation des coopératives ;
- et la structuration de chaînes de valeur mieux rémunérées pour les producteurs.




