Sénégal : le Trésor sollicite les assureurs pour élargir la base de financement de la dette publique

Date :

Partager l'article :

Face aux tensions sur les finances publiques et à un accès plus restreint aux financements extérieurs, le Trésor sénégalais cherche à diversifier ses sources de financement. Dans cette perspective, la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor a organisé, mardi 3 mars à Dakar, une rencontre avec les compagnies d’assurance réunies au sein de leur fédération.

Cette initiative vise à renforcer le dialogue entre l’État et les assureurs afin d’accroître leur participation au financement de l’économie, notamment à travers les émissions de titres publics. Pour le Trésor, ces institutions représentent des investisseurs naturels à long terme, capables de mobiliser des ressources importantes issues des primes collectées auprès des assurés.

Mobiliser un nouvel investisseur institutionnel

Les autorités souhaitent encourager les compagnies d’assurance à accroître leur présence sur le marché des titres publics. À ce stade, leur participation demeure relativement limitée : leur contribution représente moins du tiers de celle des banques dans les souscriptions aux émissions du Trésor.

L’objectif affiché est de rééquilibrer la structure des investisseurs afin d’élargir la base de financement et de renforcer le rôle des acteurs non bancaires dans le financement de l’économie.

Les assureurs disposent en effet de ressources généralement investies sur de longues maturités afin de couvrir leurs engagements futurs. Cette caractéristique correspond aux besoins de l’État, qui cherche à allonger la durée moyenne de sa dette et à réduire les risques de refinancement.

Un recours accru au marché financier régional

Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large axée sur le marché financier régional de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). En 2025, le Sénégal a mobilisé environ 4 194,8 milliards de FCFA sur le marché intérieur, soit près de 73,4 % de ses besoins de financement annuels. Cette mobilisation reposait principalement sur les banques commerciales et les investisseurs présents sur le marché régional.

Pour 2026, l’État prévoit de lever environ 4 132 milliards de FCFA sur ce même marché, confirmant la place centrale du financement domestique dans sa stratégie budgétaire.

Un contexte budgétaire sous pression

Le renforcement du dialogue avec les investisseurs intervient dans un contexte de fortes tensions sur les finances publiques. Selon un diagnostic réalisé par le cabinet Mazars, le niveau d’endettement du Sénégal atteindrait 119 % du PIB, tandis que le Fonds monétaire international (FMI) estime la dette publique à environ 132 % du PIB à fin 2024.

Cette situation limite l’accès du pays à certaines sources de financement extérieur et renforce l’importance du marché régional pour couvrir les besoins budgétaires.

Afin d’attirer davantage d’investisseurs, le Trésor prévoit d’améliorer la communication avec les acteurs du marché, de renforcer la standardisation des titres publics et d’assurer une meilleure prévisibilité du calendrier des émissions.

Un enjeu de crédibilité financière

L’élargissement de la base d’investisseurs constitue également un enjeu de stabilité financière. Selon Amath Ndiaye, professeur d’économie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, les charges liées à la dette – intérêts et commissions – représentent désormais plus de 25 % des recettes fiscales de l’État.

Cette évolution réduit les marges budgétaires disponibles pour financer les investissements publics et les programmes sociaux. Elle s’accompagne également d’une dégradation de la perception du risque souverain : la baisse des eurobonds sénégalais sur les marchés secondaires, les dégradations de notation et le classement du pays en catégorie 7 dans la grille de risque de l’OCDE témoignent d’une crédibilité financière fragilisée.

Dans ce contexte, le renforcement des relations avec les investisseurs institutionnels locaux, dont les compagnies d’assurance, apparaît comme un levier stratégique pour stabiliser la trajectoire de financement de l’État.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

spot_img

Articles similaires

Burkina Faso : deux unités de production d’aliments pour poissons inaugurées pour soutenir l’aquaculture

Le Burkina Faso a franchi une nouvelle étape dans le développement de sa filière aquacole avec l’entrée en...

Guinée : Standard & Poor’s relève la perspective de la notation souveraine à « Positive »

L’agence internationale de notation financière Standard & Poor’s a relevé la perspective associée à la notation souveraine de...

Mauritanie : la demande de permis de construire désormais accessible en ligne sur Khidmaty

La Mauritanie poursuit la modernisation de son administration publique avec l’intégration d’un nouveau service sur Khidmaty, le portail...

Niger : la Banque mondiale mobilise 250 millions $ pour soutenir le financement des PME

La Banque mondiale a approuvé un financement de 250 millions de dollars destiné à améliorer l’accès au financement...