Le Nigeria pourrait relancer l’un de ses projets industriels les plus emblématiques. Un investisseur chinois est en discussions avancées avec le gouvernement fédéral pour investir environ 2 milliards de dollars dans la remise en activité de Ajaokuta Steel Company, un complexe sidérurgique public longtemps paralysé par des problèmes de gouvernance et des litiges juridiques.
L’information a été rapportée par plusieurs médias locaux, citant Joseph Tegbe, responsable des relations internationales pour le partenariat stratégique Nigeria–Chine. Selon lui, l’investisseur aurait été sélectionné après des consultations avec une dizaine d’entreprises intéressées par la reprise du site.
Avant d’engager l’investissement, l’entreprise chinoise aurait dépêché une équipe d’une vingtaine d’ingénieurs pour inspecter les installations pendant deux semaines. Leur évaluation indique que si une grande partie des équipements est désormais obsolète, les infrastructures de base restent exploitables, ce qui permettrait d’envisager une relance progressive de l’activité.
Une remise en service progressive
Le plan envisagé prévoit d’abord le redémarrage du laminoir existant, doté d’une capacité d’environ 1,3 million de tonnes d’acier par an. Selon les évaluations techniques, cette unité pourrait être opérationnelle dans un délai d’environ six mois après le lancement des travaux.
À moyen terme, les partenaires chinois envisagent d’augmenter la capacité de production du complexe jusqu’à 10 millions de tonnes par an, une fois les opérations stabilisées.
Le projet serait financé principalement par les investisseurs chinois, sans contribution directe du gouvernement fédéral. Les partenaires devraient mobiliser les fonds nécessaires, sous réserve d’une validation par la National Development and Reform Commission (NDRC), l’organe chinois chargé de la planification économique.
En contrepartie, les investisseurs récupéreraient leur mise à travers un accord de partage de la production.
Un projet industriel longtemps bloqué
Situé dans l’État de Kogi, au centre du Nigeria, le complexe sidérurgique d’Ajaokuta a été construit en 1984 dans le but de faire du pays un acteur majeur de l’industrie sidérurgique africaine. Cependant, le site n’a jamais atteint sa pleine capacité et a fini par devenir totalement inactif.
Cette situation s’explique notamment par des incohérences dans les politiques industrielles, mais aussi par des litiges judiciaires autour des concessions minières nécessaires pour alimenter l’usine en minerai de fer.
Un enjeu stratégique pour l’industrie nigériane
Aujourd’hui, le Nigeria produit environ 1,2 million de tonnes d’acier par an, principalement à partir de ferraille recyclée, alors que les besoins nationaux sont estimés à près de 10 millions de tonnes par an.
Cette dépendance oblige le pays à importer une grande partie de ses produits sidérurgiques. La relance d’Ajaokuta pourrait donc contribuer à réduire la facture des importations, tout en soutenant le développement de secteurs clés comme la construction, l’énergie et les infrastructures.
Le pays dispose par ailleurs d’importantes réserves de minerai de fer, notamment dans les États de Kogi et du Niger, qui pourraient alimenter une industrie sidérurgique nationale plus intégrée.
Si le projet se concrétise, il pourrait marquer une étape importante dans la stratégie d’industrialisation du Nigeria et dans sa coopération économique avec la Chine.




