Au Ghana, le programme de subvention des engrais sera remplacé en 2026 par un système de distribution gratuite d’intrants agricoles au profit des producteurs. L’annonce a été faite le 21 mars par le président John Dramani Mahama, selon des informations relayées par les médias locaux.
Le chef de l’État a indiqué avoir donné instruction au ministère de l’Agriculture de distribuer gratuitement les engrais acquis par le gouvernement. Jusqu’à présent, ces intrants étaient proposés aux agriculteurs à des prix subventionnés dans le cadre du programme national de soutien à la fertilisation des sols.
Selon les autorités, cette mesure vise à encourager les agriculteurs à augmenter les superficies cultivées et à intensifier leur production, en réduisant les contraintes financières liées à l’achat d’engrais.
Une décision prise dans un contexte international tendu
La décision intervient dans un environnement mondial marqué par de fortes tensions sur le marché des fertilisants. Depuis fin février 2026, l’escalade militaire au Moyen-Orient a perturbé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial d’engrais.
D’après la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, près d’un tiers du transport maritime mondial de fertilisants, soit environ 16 millions de tonnes, transite par ce détroit.
Selon une note publiée le 19 mars par le International Fertilizer Development Center, les marchés ont rapidement réagi à ces perturbations. Dès la première semaine du conflit, le prix moyen FOB de l’urée a augmenté d’environ 37 %, avant d’atteindre 715 dollars la tonne, soit une hausse de 45 % par rapport aux niveaux observés avant l’escalade.
D’autres engrais suivent la même tendance. Les prix du phosphate monoammonique (MAP) et du phosphate diammonique (DAP) ont progressé d’environ 8 %, tandis que le chlorure de potassium (MOP) provenant de la région baltique a enregistré une hausse d’environ 11 %.
Pour un pays comme le Ghana, entièrement dépendant des importations d’engrais, ces évolutions risquent d’entraîner une augmentation significative des coûts d’approvisionnement, au moment même où débute la saison de culture des principales céréales comme le maïs et le riz.
Une charge budgétaire accrue pour l’État
En 2025, le gouvernement ghanéen avait subventionné l’achat de 200 000 tonnes d’engrais minéraux, composées à 70 % de NPK et 30 % d’urée, selon les données officielles.
À titre de comparaison, la consommation apparente d’engrais dans le pays a été estimée à 426 307 tonnes par an en moyenne entre 2020 et 2024, selon les données compilées par l’IFDC.
Avec la décision de rendre les engrais gratuits en 2026 et la hausse des prix internationaux, la charge financière de l’approvisionnement devrait désormais reposer entièrement sur le budget de l’État.
Un objectif d’intensification agricole
Le Ghana fait néanmoins partie des pays africains où l’utilisation d’engrais est relativement élevée. Selon la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le niveau moyen d’utilisation d’engrais était estimé à 28,9 kg par hectare de terres cultivables en 2023.
Ce niveau reste toutefois inférieur à l’objectif fixé par la Déclaration d’Abuja de 2006, qui vise 50 kg d’engrais par hectare pour soutenir la productivité agricole en Afrique.
À travers cette nouvelle politique, les autorités ghanéennes espèrent accélérer l’intensification agricole et renforcer la sécurité alimentaire, tout en soutenant les revenus des producteurs dans un contexte de volatilité des marchés agricoles mondiaux.




