La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a décidé d’élargir l’accès aux comptes bancaires en francs CFA aux ressortissants de l’Union vivant à l’étranger. Cette mesure, officialisée par la note n°001-03-2026 signée le 13 mars à Dakar, prévoit que tout citoyen d’un État membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine résidant hors de l’Union puisse désormais ouvrir un compte bancaire en francs CFA dans les banques de la région dans les mêmes conditions que les résidents.
Selon l’institution monétaire, toute demande d’ouverture de compte d’un ressortissant de l’UEMOA devra bénéficier « du même traitement que celui réservé à un résident ». Cette décision marque une évolution importante dans la manière dont la diaspora est intégrée au système financier régional.
Une intégration accrue de la diaspora dans le système financier
Par cette réforme, la BCEAO entend reconnaître pleinement la diaspora comme un acteur économique à part entière. Jusqu’à présent, les ressortissants de l’Union vivant à l’étranger étaient surtout considérés comme des expéditeurs de transferts financiers vers leurs familles. La nouvelle disposition vise désormais à les intégrer directement dans les circuits bancaires de l’espace UEMOA.
Concrètement, les comptes ouverts par les non-résidents pourront fonctionner selon le régime de droit commun pour les opérations courantes. L’accès au crédit restera toutefois soumis à certaines autorisations spécifiques, afin de maintenir l’encadrement prudentiel du système bancaire. Les banques devront également respecter les exigences en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Transformer les transferts de la diaspora en ressources financières durables
Au-delà de l’inclusion financière, l’objectif de cette mesure est aussi de transformer la nature des flux financiers issus de la diaspora. Jusqu’ici, ces flux prennent principalement la forme de transferts ponctuels effectués via des opérateurs internationaux ou des circuits informels.
En facilitant l’ouverture de comptes en monnaie locale, la BCEAO espère que ces ressources pourront être progressivement converties en dépôts bancaires plus stables, susceptibles d’être mobilisés pour financer l’économie réelle dans les pays de l’Union. Cette évolution pourrait ainsi contribuer à renforcer l’épargne domestique et soutenir le financement des projets productifs.
Cette initiative s’inscrit également dans un mouvement plus large de modernisation de l’infrastructure financière régionale, notamment avec les avancées réalisées ces dernières années dans les systèmes de paiement instantané et d’interopérabilité bancaire.
De nouvelles opportunités pour les banques commerciales
Pour les banques de la région, cette réforme ouvre des perspectives importantes. L’intégration des ressources de la diaspora pourrait contribuer à renforcer la liquidité du système bancaire et à diversifier les sources de financement. En augmentant la base de dépôts en francs CFA, les établissements pourraient également réduire leur dépendance à l’égard des financements extérieurs, souvent plus coûteux et plus volatils.
La réussite de cette initiative dépendra toutefois de la capacité des banques à adapter leur offre aux besoins d’une clientèle non résidente. Le développement de solutions bancaires digitales, permettant notamment l’ouverture de comptes à distance et la gestion en ligne de l’épargne, apparaît comme un facteur clé.
En définitive, l’impact réel de cette réforme dépendra de son appropriation par la diaspora et par les institutions financières. Si elle est pleinement mise en œuvre, elle pourrait transformer une partie des transferts financiers des migrants en levier durable de financement pour les économies de l’UEMOA.




