Troisième producteur mondial de latex derrière la Thaïlande et l’Indonésie, la Côte d’Ivoire cherche à diversifier et approfondir la valorisation de sa filière hévéa, en explorant de nouveaux débouchés industriels au-delà du caoutchouc naturel.
Dans cette optique, la Fédération des producteurs de la filière hévéa de Côte d’Ivoire (FPH-CI) a engagé des discussions avec des partenaires cambodgiens en vue de développer une industrie de transformation du bois d’hévéa en fin de vie économique. Cette piste de coopération a été évoquée lors d’une rencontre tenue le 23 janvier avec Buntha Em, mandarin de la Cour du Roi du Cambodge, en visite dans le pays.
Structurer une nouvelle chaîne de valeur autour du bois d’hévéa
Selon la FPH-CI, les échanges ont porté sur la mise en place d’une industrie du bois adossée au vaste parc d’hévéaculture ivoirien, qui couvre environ 722 502 hectares. L’objectif est de structurer un circuit industriel permettant de collecter, transformer et commercialiser le bois issu des plantations arrivées en fin de cycle productif.
Présenté pour la première fois au Salon international de l’Agriculture de Paris en 2025, le projet est entré en phase opérationnelle le 25 janvier, avec le lancement d’un appel aux producteurs pour intégrer cette nouvelle filière.
La FPH entend accompagner les exploitants dans l’identification des parcelles concernées, l’abattage contrôlé des arbres et la valorisation commerciale du bois à des fins industrielles.
« Le bois d’hévéa est solide, durable, facile à traiter et résistant dans le temps. Il peut être transformé en meubles et en produits artisanaux. Il est prouvé que la Côte d’Ivoire peut fournir chaque année plus de 1,65 million de m³ de bois », souligne la Fédération.
Le Cambodge, un partenaire potentiel sur un marché porteur
Si les contours du partenariat avec Phnom Penh restent à préciser, le Cambodge figure parmi les importateurs majeurs de bois d’œuvre et de produits dérivés en Asie. D’après les données de Trade Map, le pays a importé près de 338,8 millions de dollars de bois et produits connexes en 2024, ce qui ouvre des perspectives commerciales concrètes pour une filière ivoirienne émergente.
Vers une diversification des revenus des producteurs
Le développement d’une industrie du bois d’hévéa constitue un nouveau levier de diversification des revenus pour les agriculteurs, en valorisant des actifs jusqu’ici sous-exploités une fois la production de latex arrivée à maturité.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation intégrée de la filière hévéa. Depuis 2023, le groupe italien Eni expérimente la transformation des graines d’hévéa en huile végétale destinée à ses bioraffineries. Après une phase pilote concluante, un accord a été signé en mai 2025 avec l’État ivoirien pour structurer une filière nationale de biocarburants.
Dans la continuité, la Société des Énergies Nouvelles (SODEN) a annoncé en juin 2025 un projet de centrale biomasse de 76 MW à Divo, alimentée en partie par des résidus agricoles, dont les hévéas en fin de cycle.
Une filière stratégique pour l’économie ivoirienne
Malgré ces nouveaux débouchés, le caoutchouc naturel demeure le cœur de la valeur ajoutée du secteur. Entre 2020 et 2024, la Côte d’Ivoire a exporté en moyenne 1,47 million de tonnes de caoutchouc naturel par an, générant des recettes moyennes de 1 068 milliards FCFA (environ 1,9 milliard USD), selon la Direction générale des Douanes.
Pour soutenir cette dynamique, le gouvernement prévoit d’accompagner la plantation de 500 000 hectares supplémentaires d’hévéa sur dix ans, afin de renforcer durablement la base productive nationale.




