Le Nigeria, premier marché du sucre en Afrique subsaharienne, peine toujours à développer une production locale à la hauteur de ses besoins. Face à ce constat, le Conseil national pour le développement du sucre (NSDC) intensifie sa stratégie et mise désormais sur une implication renforcée des gouvernements fédérés pour stimuler les investissements industriels.
Le 1er février 2026, le NSDC a annoncé un nouveau partenariat avec le Forum des gouverneurs (NGF), plateforme réunissant les dirigeants des 36 États du pays. L’objectif : inscrire les projets sucriers parmi les priorités du NGF dans ses engagements avec les partenaires financiers, aussi bien au Nigeria qu’à l’international.
Selon le directeur exécutif du NSDC, Kamar Bakrin, ce partenariat permettra :
- de structurer des projets sucriers « prêts à investir » ;
- de faciliter les échanges entre États, investisseurs et opérateurs ;
- d’améliorer l’accès au foncier, aux infrastructures et aux incitations nécessaires.
Une initiative qui vise clairement à renforcer l’attractivité du secteur et à accélérer une industrialisation qui peine encore à s’imposer.
Une filière en quête d’autosuffisance depuis plus d’une décennie


L’ambition d’autosuffisance sucrière au Nigeria ne date pas d’hier. Lancé en 2012, le National Sugar Master Plan (NSMP) devait porter la production nationale à 1,79 million de tonnes.
Résultat : seulement 70 000 tonnes produites au terme de la première phase en 2020.
Les causes sont bien connues :
- infrastructures insuffisantes ;
- coûts élevés de transport et de production ;
- financement limité ;
- faible productivité agricole ;
- absence de recherche variétale adaptée ;
- insécurité persistante dans certaines zones de culture.
Un rapport du Département américain de l’Agriculture (USDA) publié en 2021 pointait également la lenteur administrative et une coordination institutionnelle fragile. Les « intérêts établis dans le raffinage » privilégieraient les importations de sucre brut, jugées plus rentables que la production locale.
Face à cet échec, Abuja a lancé en 2023 la seconde phase du NSMP, avec un nouvel horizon de dix ans et un dispositif renforcé pour attirer les investisseurs.
Des investissements majeurs relancent la dynamique industrielle

Depuis 2024, la filière connaît un regain d’intérêt marqué :
Des accords structurants dans quatre États
En août 2025, le NSDC a signé des partenariats avec quatre opérateurs pour développer des complexes sucriers dans les États d’Oyo, du Niger, d’Adamawa et de Bauchi.
Capacité attendue : 400 000 tonnes par an, soit 100 000 tonnes par site.
Un investissement chinois d’un milliard de dollars
En avril 2025, un protocole d’accord a été conclu avec le conglomérat chinois SINOMACH.
Le projet prévoit :
- une production initiale de 100 000 tonnes/an ;
- une montée en puissance vers 1 million de tonnes/an.
Le Niger State en précurseur
Dès novembre 2024, l’État du Niger avait déjà lancé un programme de six nouvelles sucreries, dont quatre implantées sur un domaine de 148 000 hectares, à développer d’ici 2027.
Ce foisonnement d’initiatives confirme une volonté politique de relancer massivement la filière. Le partenariat NSDC–NGF pourrait jouer un rôle décisif pour harmoniser les approches, sécuriser le foncier et fluidifier la coordination État–industrie.
Un potentiel agricole sous-exploité
Au-delà des États déjà engagés, les autorités identifient sept zones prioritaires aux conditions agroclimatiques favorables :
- Kwara
- Nasarawa
- Kaduna
- Kano
- Gombe
- Jigawa
- Taraba
L’USDA estime dans un rapport de 2024 que le Nigeria dispose de plus de 800 000 hectares de terres adaptées au sucre. Pourtant, seulement 130 000 hectares sont exploités, soit 16 % du potentiel national.
Ce sous-développement structurel nourrit une dépendance massive aux importations. Selon le Bureau national de la statistique (NBS), le pays a importé pour 914,79 milliards de nairas (environ 655,8 millions USD) de sucre en 2024.
Perspectives
Le partenariat NSDC–NGF marque une étape importante dans la volonté du Nigeria de transformer sa filière sucrière. S’il est concrétisé par des actions cohérentes — investissement, coordination inter-États, sécurité foncière — il pourrait devenir un catalyseur essentiel pour attirer le capital privé et réduire la dépendance aux importations.
Pour le premier marché du sucre en Afrique subsaharienne, le défi est immense, mais le potentiel tout autant.




