Côte d’Ivoire : 33 millions $ pour relancer la pêche et réduire la dépendance aux importations

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Face à une dépendance croissante aux importations de produits halieutiques, la Côte d’Ivoire accélère ses efforts pour relancer la production locale. Le pays, premier importateur de poissons en Afrique de l’Ouest, ne couvre aujourd’hui que moins de 15 % de ses besoins domestiques par sa production nationale.

Dans ce contexte, le Projet de Développement des Chaînes de Valeur Compétitives de l’Aquaculture et de la Pêche Durable (ProDeCAP) a été officiellement lancé le 26 mars. Prévu sur une durée de cinq ans et mis en œuvre avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ce programme vise à renforcer la contribution du secteur à la sécurité alimentaire, à l’emploi et à la croissance économique.

Un investissement de 33 millions $ pour structurer la filière

Doté d’un budget de 28,95 millions d’euros (33,1 millions de dollars), le projet est financé à 85 % par un prêt de la Banque africaine de développement (BAD), le reste étant assuré par l’État ivoirien et d’autres partenaires.

Les interventions porteront sur plusieurs leviers clés : amélioration de la gouvernance du secteur, gestion durable des ressources halieutiques, développement de l’aquaculture et structuration des chaînes de valeur.

Au total, près de 700 000 bénéficiaires directs et indirects sont attendus, dont environ 50 000 acteurs de l’aquaculture et 650 000 opérant dans la pêche.

Le projet ciblera trois grandes zones : la façade maritime (Abidjan, San Pedro, Sassandra, etc.), les zones lagunaires et les bassins continentaux du centre du pays, incluant notamment les régions de Bouaké, Yamoussoukro ou encore les lacs de Kossou et de Buyo.

Une ambition forte sur l’aquaculture

L’un des axes stratégiques du programme concerne l’essor de l’aquaculture. Les autorités ambitionnent de porter la production à 35 000 tonnes d’ici 2031, contre seulement 8 806 tonnes en 2023.

Si cet objectif est atteint, l’aquaculture pourrait devenir un levier majeur pour réduire le déficit structurel en poisson et limiter la dépendance aux importations.

Un secteur en perte de vitesse

Le lancement du ProDeCAP intervient dans un contexte de recul de la production halieutique. Après un pic de 113 637 tonnes en 2018, la production nationale est tombée à 87 228 tonnes en 2023, soit une baisse de plus de 23 % en cinq ans, selon les données de la FAO.

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette tendance : pertes post-capture élevées, insuffisance des infrastructures, impacts du changement climatique sur les ressources, pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN), ainsi qu’un accès limité au financement pour les acteurs du secteur.

Une dépendance croissante aux importations

Dans ce contexte, les importations de poissons ont fortement augmenté, portées par la demande croissante dans les centres urbains, notamment à Abidjan.

Entre 2015 et 2024, les volumes importés sont passés d’environ 388 000 tonnes à plus de 732 000 tonnes, soit une progression de près de 90 %. Sur la même période, la facture des importations a plus que doublé, atteignant plus de 518 milliards FCFA contre 229 milliards FCFA en 2015.

Un enjeu stratégique pour la sécurité alimentaire

Avec le ProDeCAP, les autorités ivoiriennes entendent inverser cette tendance en structurant durablement la filière et en renforçant la production locale.

Au-delà de la réduction des importations, l’enjeu est également de créer de la valeur ajoutée, de soutenir l’emploi et d’améliorer la sécurité alimentaire dans un contexte de pression croissante sur les ressources et les marchés internationaux.

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