Burkina Faso : TV5 Monde définitivement interdite de diffusion dans un nouveau durcissement médiatique

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Le Burkina Faso franchit une nouvelle étape dans le durcissement de son environnement médiatique. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) a prononcé l’interdiction totale de diffusion de TV5Monde sur l’ensemble du territoire, transformant une série de suspensions temporaires en exclusion définitive.

Dans une décision publiée le 5 mai, le régulateur burkinabè justifie cette mesure par de présumés « manquements à la loi, à l’éthique et à la déontologie » dans le traitement de l’actualité sécuritaire, en particulier autour de la lutte contre le terrorisme dans l’espace sahélien.

La couverture sécuritaire au cœur du différend

Selon le président du CSC, Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, la décision est directement liée à la manière dont la chaîne a couvert :

  • la situation sécuritaire au Burkina Faso ;
  • les attaques terroristes du 25 avril 2026 au Mali ;
  • plus largement, l’actualité liée à la lutte anti-jihadiste dans l’espace AES.

Les autorités reprochent à la chaîne une couverture jugée partiale, voire assimilée à de la désinformation.

Le contexte régional explique en partie cette crispation.

Fin avril, le Mali a été secoué par une vague d’attaques coordonnées revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, avec l’appui de combattants touareg du Front de libération de l’Azawad.

Ces offensives ont mis sous forte pression les autorités militaires maliennes.

Dans ce climat, la sensibilité des régimes sahéliens à la narration médiatique autour des questions sécuritaires s’est encore accentuée.

D’une suspension à une exclusion totale

TV5Monde n’en est pas à son premier contentieux avec Ouagadougou.

La chaîne avait déjà subi :

  • une première suspension en avril 2024 ;
  • une nouvelle interruption en juin 2024 ;
  • une suspension prolongée au Mali depuis mai 2025.

Mais cette fois, la décision burkinabè change de nature : il ne s’agit plus d’une sanction temporaire, mais d’une interdiction complète.

Ce glissement illustre un durcissement plus structurel de la politique médiatique dans plusieurs pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Un climat régional de forte pression sur les médias

Le cas TV5 s’inscrit dans une dynamique plus large.

En avril 2024, plusieurs médias internationaux avaient déjà été suspendus au Burkina Faso, parmi lesquels :

  • BBC ;
  • Voice of America ;
  • Le Monde ;
  • Ouest-France ;
  • The Guardian ;
  • Deutsche Welle ;
  • APA News ;
  • Agence Ecofin.

Ces sanctions faisaient suite à la diffusion ou au relais d’un rapport de Human Rights Watch accusant l’armée burkinabè d’avoir commis des massacres de civils dans les villages de Nodin et Soro en février 2024.

Le gouvernement avait catégoriquement rejeté ces accusations.

Sécurité nationale versus liberté de la presse

Au-delà du cas spécifique de TV5Monde, cette décision reflète une tension de fond dans l’espace sahélien.

Les régimes militaires au pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger défendent une doctrine où :

  • la stabilité sécuritaire prime ;
  • la guerre informationnelle est considérée comme un front stratégique ;
  • les médias étrangers sont parfois perçus comme des acteurs politiques indirects.

À l’inverse, les organisations de défense des libertés considèrent ces mesures comme des restrictions croissantes à la liberté de la presse et au pluralisme de l’information.

Le cas burkinabè confirme que, dans l’espace AES, le contrôle du récit médiatique est désormais devenu un enjeu de souveraineté à part entière.

E.N.

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