Dans un environnement où l’accès au crédit reste l’un des principaux freins au développement du secteur privé congolais, Ecobank RDC et British International Investment (BII) mettent en place un nouveau mécanisme destiné à élargir le financement des petites et moyennes entreprises.
Les deux institutions ont annoncé, le 12 mai, la conclusion d’un accord de partage des risques portant sur 30 millions de dollars, destiné à soutenir les nouveaux crédits accordés aux PME en République démocratique du Congo.
Un effet de levier pouvant atteindre 60 millions $
Le mécanisme repose sur un principe classique de risk-sharing.
Concrètement, la BII partagera avec Ecobank RDC une partie du risque lié :
- aux nouveaux prêts ;
- aux extensions de financements déjà existants.
En réduisant l’exposition de la banque locale, ce dispositif vise à faciliter l’octroi de crédits à des entreprises qui peinent habituellement à accéder au financement bancaire.
Selon la BII, cet accord pourrait générer jusqu’à 60 millions de dollars de financements cumulés, soit un effet multiplicateur de deux fois l’enveloppe initiale.
Les secteurs ciblés incluent :
- agriculture ;
- agro-industrie ;
- industrie manufacturière ;
- infrastructures ;
- énergies renouvelables ;
- initiatives entrepreneuriales locales.
Un marché du crédit encore sous-développé
Ce partenariat intervient dans un contexte de forte sous-bancarisation du financement des entreprises en RDC.
Les chiffres illustrent l’ampleur du défi :
- les crédits bancaires représentent seulement 11 % du PIB ;
- contre plus de 45 % en moyenne en Afrique subsaharienne.
Selon une enquête entreprise de la Banque mondiale réalisée en 2024 :
- 84 % des investissements des entreprises congolaises sont autofinancés ;
- le secteur bancaire ne couvre que 8 % des besoins d’investissement.
L’accès au crédit reste particulièrement inégal selon la taille des entreprises :
- 6 % seulement des petites entreprises disposent d’un prêt bancaire ;
- 18 % des entreprises moyennes ;
- 51 % des grandes entreprises.
Autrement dit, le financement bancaire bénéficie encore principalement aux acteurs les plus structurés.
Réduire le verrou des garanties
Le principal obstacle reste la question des garanties.
Dans un environnement perçu comme risqué, les banques congolaises exigent souvent :
- des sûretés élevées ;
- des garanties difficiles à mobiliser ;
- des historiques financiers robustes.
Autant de conditions qui excluent mécaniquement une large partie des PME.
Le partage des risques avec un investisseur institutionnel comme la BII permet justement d’assouplir ce cadre en améliorant le profil de risque du portefeuille.
Une coopération appelée à s’étendre ?
Pour la BII, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie plus large de soutien au financement du secteur privé africain.
Il s’agit du deuxième accord de ce type avec le groupe Ecobank, après un premier mécanisme conclu en 2024 avec la filiale d’Sierra Leone.
La BII laisse entendre que d’autres déploiements pourraient suivre dans le réseau panafricain d’Ecobank.
Un test pour l’écosystème entrepreneurial congolais
L’enjeu dépasse le volume financier immédiat.
Si le mécanisme fonctionne effectivement, il pourrait :
- améliorer l’accès au crédit des PME ;
- stimuler l’investissement productif ;
- soutenir la formalisation d’entreprises ;
- renforcer la diversification économique hors secteurs extractifs.
Mais son impact réel dépendra du rythme effectif des décaissements et de la capacité des PME congolaises à répondre aux critères bancaires, même assouplis.
Car en RDC, le problème n’est pas seulement le manque de capitaux : c’est aussi la difficulté à transformer des besoins de financement en dossiers bancables.
E.N.




