La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) referme son cycle stratégique 2021-2025 avec des chiffres qui témoignent d’une transformation accélérée. Son encours de crédit est passé de 793 millions à 2,13 milliards de dollars en cinq ans, soit un portefeuille multiplié par 2,7. Les ressources mobilisées ont bondi de 60,83 millions à 582,41 millions de dollars sur la période — près de dix fois plus — grâce à une bascule vers les marchés de capitaux, longtemps marginaux dans le modèle de financement de l’institution. Le bilan a progressé de 154 %.
Des objectifs dépassés à 161 % sur les approbations
Sur l’ensemble du plan quinquennal, la BIDC revendique 4,13 milliards de dollars d’approbations et 2,37 milliards de décaissements — soit 161 % et 162 % de ses objectifs respectifs selon ses propres chiffres. Depuis sa création en 1975, l’institution cumule plus de 5,41 milliards de dollars engagés et 333 projets, pour un impact chiffré à plus d’un million d’emplois directs et indirects.
L’opération phare de ce cycle reste l’émission de 120 milliards FCFA (209 millions de dollars) en 2022 sur le marché UEMOA — la plus importante d’un émetteur non souverain depuis la création du marché régional, bouclée en 48 heures en raison d’une sursouscription massive. La BIDC a par ailleurs lancé la première obligation verte, sociale et durable d’une institution de financement du développement à la BRVM, et obtenu l’accréditation du Fonds vert pour le climat.
Des notes maintenues en catégorie spéculative malgré la dynamique
La croissance du portefeuille ne convainc pas encore totalement les agences de notation. Fitch maintient la BIDC à « B » avec perspective stable, et Moody’s à « B2 » avec perspective stable — plusieurs crans sous la catégorie investissement — des notes réaffirmées lors de l’assemblée des gouverneurs d’avril 2026. Fitch signale explicitement qu’elle attend un ralentissement de la croissance du portefeuille pour que les ratios de capital se stabilisent, signe que la course à la taille comporte des risques que les marchés ne sont pas encore prêts à ignorer.
La BAD au capital, la stratégie GRO pour la suite
Deux développements récents encadrent la transition vers le prochain cycle. L’entrée de la Banque africaine de développement (BAD) au capital de la BIDC — à hauteur de 30 millions de dollars, avec une ligne de crédit complémentaire de 70 millions — fait d’elle le premier actionnaire institutionnel de l’institution. Un signal de crédibilité qui pourrait faciliter l’accès à des marchés de capitaux plus profonds.
La stratégie GRO (Croissance, Résilience, Optimisation) qui guidera les cinq prochaines années cible les infrastructures, la résilience climatique et alimentaire, et un resserrement de la gestion des risques. Autre singularité institutionnelle : sur décision de la Conférence des chefs d’État de la CEDEAO, la BIDC maintient ses interventions dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso et Niger — malgré leur retrait de l’organisation régionale, se positionnant en pont financier là où l’intégration politique se fracture.
A.S.




