Le ministère sénégalais de l’Industrie et du Commerce a autorisé la reprise des importations de sucre à compter du 15 juillet 2026, mettant fin à une période de restriction en vigueur depuis le 15 décembre 2025. La décision est justifiée par une baisse des stocks disponibles auprès de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), seul opérateur sucrier du pays. La CSS, contrôlée par le Groupe Mimran, conteste cette analyse et affirme disposer de 50 000 tonnes disponibles — de quoi couvrir les besoins du marché jusqu’à fin août selon ses propres estimations.
140 000 tonnes produites, 300 000 consommées : un déficit structurel
Le contexte explique la récurrence de cet arbitrage. Avec une production annuelle de l’ordre de 140 000 tonnes pour une consommation proche de 300 000 tonnes — soit environ 25 000 tonnes par mois — le Sénégal couvre structurellement moins de la moitié de ses besoins en sucre. Entre 2020 et 2024, le pays a importé en moyenne 211 000 tonnes par an, avec un pic de 294 709 tonnes en 2023, pour une facture annuelle moyenne de 58,6 milliards FCFA (102 millions de dollars) selon l’ANSD.
Les mois d’août à novembre sont traditionnellement couverts par des importations pour compléter la production locale, reconnaissent les autorités dans leur communiqué, qui précisent que « cette ouverture vise uniquement à sécuriser l’approvisionnement ».
La CSS alerte sur la multiplication des autorisations d’importation
Pour la CSS, la réouverture prématurée des importations menace directement l’écoulement de sa production. Son conseiller Louis Lamotte a déclaré au média Seneplus que la multiplication des autorisations d’importation (DIPA) « remet en cause les objectifs de souveraineté alimentaire » et pourrait provoquer une mévente du sucre produit localement. « Ces pratiques sont en train de tuer toutes les velléités de production locale », a-t-il affirmé.
Un arbitrage qui illustre une tension plus large
Le dossier du sucre s’inscrit dans une tension récurrente de la politique agricole sénégalaise entre protection des investissements locaux et garantie de l’approvisionnement à des prix accessibles — une problématique que Dakar a également connue récemment sur le riz. La question de fond reste entière : sans augmentation significative des capacités de production nationale, le Sénégal continuera de dépendre des importations lors de chaque pic de demande, exposant le marché à ces arbitrages entre les intérêts de l’opérateur local et ceux des consommateurs.
E.N.




