Du champ à l’usine : le Mali accélère sa révolution textile

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Deuxième puissance cotonnière du continent africain derrière le Bénin, le Mali ne souhaite plus se contenter d’exporter son « or blanc » à l’état brut. Alors qu’à ce jour moins de 5 % de la fibre produite est transformée localement, Bamako déploie une stratégie industrielle offensive pour capter davantage de valeur ajoutée et maîtriser sa chaîne de production, du fil au vêtement fini.

Une offensive industrielle tous azimuts

Pour concrétiser cette ambition, le gouvernement malien multiplie les projets d’envergure et la modernisation d’infrastructures clés :

  • La Société des Textiles du Mali (le projet phare) : Tout juste actée en Conseil des ministres, cette nouvelle entité aura pour mission de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur (filature, tissage, tricotage, teinture, ennoblissement et confection). Elle prévoit l’implantation d’une usine d’une capacité de 40 000 tonnes par an. (Le calendrier et l’enveloppe financière restent à préciser).
  • Partenariat avec un consortium allemand (Mai 2025) : La Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) a conclu un protocole d’accord avec le bureau d’études Becker Infra & Consulting e.K pour concrétiser un complexe textile intégré de pointe.
  • Projet SOMAFIL : Initiée en 2022, la Société malienne de filature ambitionne de déployer deux usines à Bamako et Koutiala pour traiter 45 000 tonnes de fibre par an.
  • Relance de la COMATEX : La revitalisation de la Compagnie malienne des textiles, fleuron historique du secteur, demeure au cœur du plan de relance national.

L’urgence économique : s’affranchir de la volatilité des cours

Derrière cette dynamique industrielle se joue un enjeu de souveraineté économique majeur. Le coton représente la deuxième source de recettes d’exportation du Mali, juste derrière l’or. En vendant la majorité de sa récolte sous forme de matière première brute, le pays demeure très vulnérable aux secousses du marché international.

Un marché mondial sous pression :

  • Campagne 2024/2025 : L’indice Cotlook A (référence mondiale) a enregistré une troisième baisse consécutive (-13,4 %), tombant à 79,6 cents la livre (0,45 kg), soit son niveau le plus bas depuis la saison 2020/2021.
  • Projections 2026 : Dans son rapport Commodity Markets Outlook (avril 2026), la Banque mondiale anticipe un nouveau repli de 3,5 %, portant le prix moyen du kilo de coton à environ 1,65 dollar.

En résumé

Face à la chute constante des cours de la matière brute, le Mali n’a d’autre choix que de transformer son modèle. Le développement de la filature et de la confection locale doit lui permettre de créer des milliers d’emplois industriels, de diversifier ses revenus et de bâtir un bouclier efficace contre la volatilité des marchés mondiaux.

Y.H.

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