Sénégal : Le port de Ndayane accélère pour sécuriser le fret sahélien face à Abidjan et Lomé

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Porté par le géant émirati DP World, le chantier du futur port en eau profonde de Ndayane franchit une étape clé avec l’achèvement du dragage avec 13 mois d’avance. Cet investissement colossal de 1,2 milliard de dollars vise à désengorger Dakar et à consolider la position dominante du Sénégal sur les corridors de l’hinterland ouest-africain.

Le Sénégal renforce ses ambitions maritimes sous-régionales. Sur le site du futur port en eau profonde de Ndayane, situé à 50 kilomètres au sud de Dakar, l’opérateur émirati DP World a annoncé la finalisation des travaux de dragage. Livrée avec plus d’un an d’avance sur le calendrier initial, cette phase technique ouvre la voie à la construction des infrastructures maritimes de ce projet évalué à 1,2 milliard de dollars, en chantier depuis décembre 2024.

Gigantisme maritime et capacité d’accueil accrue

L’opération de dragage a consisté à percer un chenal d’accès de 5 kilomètres de long et de 20 mètres de profondeur, en extrayant plus de 95 % de roches solides. Ce gabarit permettra au complexe de recevoir les plus grands navires porte-conteneurs en circulation.

La première phase du projet vise une capacité de traitement initiale de 1,2 million d’équivalents vingt pieds (EVP) par an. Avec une mise en service ciblée pour 2028, les travaux s’orientent désormais vers l’érection des quais et des ouvrages de défense maritime.

La bataille de l’hinterland : le Mali en ligne de mire

L’enjeu industriel de Ndayane dépasse les frontières sénégalaises. La plateforme a pour vocation première de fluidifier le transit vers les pays enclavés du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), dont les flux saturent progressivement les infrastructures de la capitale.

Les données du Port autonome de Dakar (PAD) témoignent de cette dépendance croissante :

  • Mali : En 2022, le trafic malien en transit à Dakar a atteint 2,62 millions de tonnes, représentant à lui seul 88 % du transit total du PAD.
  • Volume global : Entre 2018 et 2022, le volume de marchandises traitées par le PAD a progressé de 9 %, entraînant une forte pression sur la logistique urbaine dakaroise.

Répliquer à la concurrence d’Abidjan et de Lomé

Bien que la Banque mondiale classe le PAD au premier rang des ports d’Afrique subsaharienne pour son efficacité opérationnelle, la compétition s’intensifie sur le corridor d’Afrique de l’Ouest. Les hubs portuaires d’Abidjan et de Lomé déploient des offres tarifaires agressives et des aménagements douaniers incitatifs pour détourner le fret sahélien.

En se dotant d’une infrastructure moderne en eau profonde déconnectée de la congestion urbaine de Dakar, le Sénégal entend pérenniser sa position de porte d’entrée naturelle du Sahel et garantir la fluidité de sa chaîne logistique régionale.

E.N.

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