En Guinée, l’agriculture représente environ 31 % du PIB et emploie près de 58 % de la population active, ce qui en fait un pilier central de l’économie nationale. Le sous-secteur de l’élevage, largement dominé par le pastoralisme, est toutefois au cœur de tensions socio-économiques persistantes, qui se sont intensifiées depuis le début de l’année 2025.
Dans ce contexte, le Ministère de l’Élevage a lancé, le 19 décembre, les travaux d’aménagement de la première zone de pâturage structurée du pays, sur un site situé à Foumbadou, dans la préfecture de Lola. Selon un communiqué officiel, il s’agit d’une infrastructure pionnière destinée à encadrer durablement les activités pastorales.
Une infrastructure pastorale de grande envergure
D’après les informations relayées par Guinée News, la zone de pâturage couvrira, dans sa première phase, une superficie de 1 950 hectares. À terme, elle devrait être étendue à près de 3 000 hectares, en intégrant notamment les localités de Lainé (250 ha) et Guéasso (500 ha).
Le projet prévoit la mise en place d’infrastructures structurantes, notamment :
- des parcs de pâturage aménagés,
- des points d’eau modernes accessibles toute l’année pour l’abreuvement du bétail,
- des couloirs de transhumance clairement délimités et sécurisés,
- des aires de repos et de regroupement du cheptel,
- ainsi que des infrastructures vétérinaires de proximité destinées à améliorer la santé animale.
Un plan stratégique pour réduire les conflits liés au pastoralisme
Cette première réalisation s’inscrit dans un plan d’investissement plus large porté par le ministère de l’Élevage. Les autorités ambitionnent d’aménager jusqu’à 20 000 hectares de zones de pâturage sur les cinq prochaines années, à travers plusieurs préfectures, notamment Lola, Beïla, Macenta, Mandiana, Kérouané, ainsi qu’en Moyenne-Guinée.
L’objectif affiché est d’encadrer durablement les activités pastorales et de favoriser une coexistence pacifique entre agriculteurs et éleveurs, dans un contexte où les conflits liés à l’utilisation des ressources naturelles constituent un enjeu socio-économique et sécuritaire majeur.
En Guinée, comme dans de nombreux pays africains où l’élevage pastoral prédomine, les affrontements entre agriculteurs et éleveurs sont récurrents. Ils sont généralement liés à l’insuffisance des ressources pastorales, à leur gestion inadéquate, et aux destructions de cultures causées par la divagation du bétail, entraînant parfois des violences communautaires.
Faute de données chiffrées spécifiques pour la Guinée, l’ampleur de ces pertes peut être illustrée par le cas du Nigéria, où un rapport publié en 2015 par Mercy Corps estime que les conflits entre agriculteurs et éleveurs engendrent un manque à gagner annuel d’environ 13,7 milliards USD.
Une réponse institutionnelle à une crise persistante
Face à la recrudescence des tensions, le gouvernement guinéen a décidé d’interdire la transhumance transfrontalière depuis janvier 2025, afin de prévenir les violences liées à la circulation incontrôlée du bétail dans les zones agricoles. L’aménagement de zones de pâturage structurées apparaît ainsi comme un outil complémentaire de stabilisation, susceptible de transformer durablement la gestion du pastoralisme.
Reste désormais à savoir si la mise en service effective de ces nouvelles infrastructures permettra d’impulser une nouvelle dynamique dans le secteur de l’élevage et de réduire durablement les conflits entre agriculteurs et éleveurs à l’échelle nationale.




