Burkina Faso : une dette publique en hausse, mais un risque de surendettement toujours jugé modéré

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À fin juin 2025, la dette publique du Burkina Faso a poursuivi sa progression, portée à la fois par le recours accru au marché financier régional et par les tirages sur les financements extérieurs. Malgré ce mouvement, le Fonds monétaire international (FMI) continue de classer le pays dans la catégorie des États exposés à un risque de surendettement « modéré ».

Une dette portée à plus de 8 300 milliards FCFA

Selon le Bulletin statistique de la dette publique publié le 29 décembre 2025, l’encours de la dette publique burkinabè s’est établi à 8 311,23 milliards de francs CFA à fin juin 2025, contre 7 368,14 milliards de francs CFA à la même période en 2024. Cela représente une hausse annuelle de près de 13 %.

La structure de la dette demeure dominée par l’endettement intérieur, qui représente 59,7 % de l’encours total, contre 40,3 % pour la dette extérieure. Cette configuration reflète la stratégie actuelle des autorités, contraintes par un accès plus limité aux financements extérieurs concessionnels.

Progression contenue de la dette extérieure

La dette extérieure a atteint 3 349,06 milliards de francs CFA à la fin du premier semestre 2025. Sa progression est attribuée aux tirages nets sur les emprunts extérieurs, évalués à +288,23 milliards de francs CFA sur la période, ainsi qu’aux effets de change.

Cette composante reste toutefois minoritaire dans l’encours global, traduisant une prudence relative dans le recours à l’endettement externe, dans un contexte international marqué par des conditions financières plus restrictives.

Un endettement intérieur tiré par le marché régional

La dette intérieure s’est quant à elle élevée à 4 962,17 milliards de francs CFA à fin juin 2025, contre 4 195,3 milliards de francs CFA un an plus tôt. Elle est constituée à près de 80 % de titres émis sur le marché financier sous-régional, notamment sous forme de bons et obligations du Trésor.

Ce recours soutenu au marché régional s’explique par la nécessité de financer les investissements publics et les besoins de trésorerie, alors que le pays fait face à des contraintes sécuritaires et budgétaires persistantes.

Un service de la dette en hausse

Le service de la dette a également progressé. Sur la période janvier-juin 2025, les paiements effectués se sont élevés à 740,4 milliards de francs CFA, en hausse de 9 % par rapport à la même période de 2024. Ces paiements concernent à la fois les créanciers intérieurs et extérieurs.

Sur l’ensemble de l’année, l’effort reste significatif. Entre janvier et fin novembre 2025, le Burkina Faso a remboursé près de 1 200 milliards de francs CFA de dettes intérieures, selon le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubacar Nacanabo.

Un contexte macroéconomique sous contraintes

La trajectoire de la dette s’inscrit dans un environnement macroéconomique contraint. Le Burkina Faso demeure confronté à une crise sécuritaire aiguë. Selon le FMI, si le nombre d’attaques terroristes a reculé de 28 % en 2024, le nombre de victimes a en revanche augmenté de 13 %, illustrant la persistance du risque.

À cela s’ajoutent les vulnérabilités climatiques, qui continuent de provoquer des fluctuations importantes de la production agricole, ainsi que des risques budgétaires liés à la volatilité des recettes et à d’éventuelles pressions imprévues sur les dépenses, notamment sécuritaires.

Des financements toujours jugés soutenables

Malgré ces contraintes, le FMI estime que la situation reste maîtrisée. Le Burkina Faso est classé dans la catégorie des pays exposés à un risque de surendettement « modéré », avec des niveaux d’endettement jugés viables à moyen terme. La capacité d’endettement du pays est qualifiée de « moyenne ».

Dans ce cadre, les autorités continuent de recourir aux marchés financiers pour soutenir leur programme d’investissements publics. En novembre 2025, le Burkina Faso a ainsi mobilisé 131,355 milliards de francs CFA sur le marché régional à travers un emprunt obligataire par appel public à l’épargne.

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