Alors que le gouvernement gambien fait de la transformation numérique un pilier de son développement socio-économique, les limites de l’infrastructure télécoms continuent de freiner l’inclusion numérique. En 2023, seuls 45,9 % des Gambiens utilisaient Internet, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), un taux inférieur à celui de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest comparables.
C’est dans ce contexte que l’opérateur public Gamtel a annoncé, le 24 décembre, la signature d’un partenariat public-privé (PPP) de 50 millions de dollars avec SYSROAD SA Holding, un intégrateur de systèmes basé au Sénégal. L’accord porte sur la modernisation complète du backbone Internet national, une infrastructure clé pour soutenir la stratégie numérique du pays.
Un saut de capacité de 50 à 800 Gbps
Selon Gamtel, le projet permettra une montée en puissance spectaculaire du cœur du réseau national, dont la capacité passera de 50 Gbps à 800 Gbps, soit une augmentation de près de 1 500 %. Cette évolution vise à éliminer les goulets d’étranglement qui limitent aujourd’hui la qualité et la disponibilité de la connectivité, aussi bien pour les opérateurs que pour les entreprises et les administrations publiques.
Pour Lamin A. Tunkara, directeur général de Gamtel, l’enjeu dépasse la simple modernisation technique. « La connectivité est devenue une infrastructure stratégique du développement. Ce partenariat constitue un investissement dans la souveraineté numérique, la résilience et l’avenir économique du pays », a-t-il déclaré, soulignant l’ambition de positionner la Gambie comme un acteur crédible de l’économie numérique régionale.
Une dorsale fibre existante, mais sous-exploité
Sur le papier, la Gambie dispose pourtant d’un atout structurel. Dans une étude publiée en mai 2021, la Banque mondiale indiquait que la dorsale nationale en fibre optique, longue de 1 367 km, couvre un territoire où plus de 90 % de la population vit à moins de 10 km d’un nœud de fibre. Cette infrastructure est entièrement détenue et exploitée par l’État via Gamtel.
Mais dans les faits, elle reste largement sous-utilisée. Selon les données du régulateur télécoms citées par la Banque mondiale, seuls 27 % des sites du réseau d’accès radio (RAN) y sont raccordés, essentiellement en zone urbaine, et à peine 5 % de la population bénéficie effectivement de cette capacité fibre. En milieu rural, les tronçons sont jugés peu fiables, en raison de coupures fréquentes, de difficultés de maintenance et de coûts élevés.
Ces dysfonctionnements reflètent des limites plus structurelles : gouvernance perfectible, faibles capacités commerciales, qualité de service inégale et contraintes financières pesant sur les opérateurs publics.
Le pari du privé pour relancer l’infrastructure
Dans ses recommandations, la Banque mondiale plaide depuis plusieurs années pour une ouverture accrue au secteur privé, aussi bien sur le réseau de gros que dans la gestion de Gamtel et de Gamcel, l’opérateur mobile public. L’objectif est double : mieux valoriser les investissements existants dans la fibre et réduire la pression budgétaire sur l’État.
Le partenariat conclu avec SYSROAD s’inscrit clairement dans cette logique. En s’appuyant sur un intégrateur régional expérimenté, la Gambie espère non seulement moderniser son backbone, mais aussi créer les conditions d’une meilleure commercialisation de la capacité, d’une baisse des coûts pour les opérateurs et, à terme, d’une amélioration tangible de l’accès à Internet pour les ménages et les entreprises.
Reste à voir si cette montée en capacité sera accompagnée de réformes de gouvernance, de tarification et d’ouverture du marché. Car au-delà de la technologie, c’est bien la capacité à transformer l’infrastructure en usages économiques — services numériques, e-gouvernement, fintech, éducation et santé connectées — qui déterminera l’impact réel de ce projet sur la trajectoire de développement de la Gambie.




