Comme de nombreux pays africains, le Liberia peine encore à quantifier précisément la contribution économique de son secteur minier artisanal et à petite échelle (ASM), pourtant central pour l’emploi et les revenus ruraux. Dans son rapport publié en décembre 2025, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) exhorte les autorités libériennes à combler ce déficit de données afin de mieux piloter les politiques publiques et renforcer la gouvernance du secteur.
Selon l’ITIE, le secteur minier libérien a généré 121,49 millions USD de recettes en 2023, mais ces revenus proviennent exclusivement de l’exploitation industrielle (minerai de fer, or et diamants). L’exploitation artisanale, bien que largement répandue, reste absente des statistiques officielles alors qu’elle représente un pan essentiel de l’économie nationale.
Une étude de 2011 estime que l’ASM assure plus de 100 000 emplois directs et 1,6 million d’emplois indirects au Liberia, ce qui en fait l’un des premiers pourvoyeurs d’emplois du pays. Plus récemment, un rapport de l’ONG SWISSAID (mai 2025) souligne l’ampleur du décalage entre production déclarée et réalité : 336 kg d’or déclarés pour l’exercice fiscal 2020-2021, contre 4 à 10 tonnes estimées pour la production non déclarée.
Un enjeu de gouvernance et de recettes publiques
Pour l’ITIE, cette opacité constitue un frein majeur à la bonne gouvernance du secteur. L’organisation rappelle que l’exigence 6.3.a de la norme ITIE impose aux pays membres de divulguer la contribution du secteur informel, y compris l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, afin d’éclairer les décisions publiques.
Une meilleure documentation de l’ASM permettrait notamment de :
- mieux capter les recettes fiscales,
- lutter contre la contrebande d’or et de diamants,
- encadrer la formalisation des artisans miniers,
- renforcer la protection des droits humains et de l’environnement.
Un défi partagé en Afrique
Au-delà du cas libérien, ce constat illustre une problématique structurelle en Afrique : l’ASM concentre une part importante de l’emploi minier, mais échappe largement aux statistiques et aux mécanismes de redistribution. Pour le Liberia, la capacité à intégrer ce secteur dans les politiques publiques conditionnera sa faculté à transformer ses ressources naturelles en moteur de développement inclusif.
En appelant à davantage d’études et de transparence, l’ITIE place ainsi la formalisation du secteur artisanal au cœur des priorités pour une meilleure mobilisation des revenus miniers et une gouvernance plus efficace des ressources extractives.




