Ghana : le financement de la commercialisation du cacao de nouveau sous tension

Date :

Partager l'article :

Au Ghana, la réforme du système de financement de la commercialisation du cacao, engagée depuis plus d’un an et fondée sur une implication accrue des acteurs privés, montre aujourd’hui ses premières limites. Longtemps écartée, l’option d’un retour au prêt syndiqué n’est désormais plus exclue par les autorités de la filière.

Selon Reuters, qui cite Jerome Kweku Sam, directeur de la communication du Ghana Cocoa Board (Cocobod), l’organisme public envisage à nouveau cette solution pour sécuriser les flux financiers liés à l’achat des fèves auprès des producteurs.

Un virage stratégique remis en question

Pour la campagne 2024/2025, le Cocobod avait pourtant annoncé, en août 2024, l’abandon du recours aux prêts syndiqués, utilisés sans interruption depuis 1992. Cette décision visait notamment à réduire le coût du financement, après une campagne précédente marquée par des charges d’intérêts atteignant 150 millions de dollars.

À la place, le régulateur avait mis en œuvre un nouveau schéma reposant sur une plus forte mobilisation des multinationales du cacao. Ces dernières devaient avancer 60 % de la valeur de leurs contrats et préfinancer les Licensed Buying Companies (LBCs), chargées de collecter les fèves auprès des producteurs.

Si ce mécanisme semblait cohérent sur le papier, il s’est heurté à une détérioration rapide des conditions de marché.

Chute des prix et crise de liquidité

La baisse des cours internationaux du cacao observée en 2025 a incité plusieurs négociants à réduire leur exposition financière, limitant les avances de fonds pour la campagne 2025/2026. Résultat : de nombreuses LBCs se sont retrouvées en situation de crise de liquidité, incapables de payer les producteurs, entraînant une accumulation des fèves dans les zones de production.

Dans ce contexte, Jerome Kweku Sam défend désormais les vertus de l’ancien système. « Si nous avions eu l’argent du prêt syndiqué, nous aurions disposé de fonds utilisables comme capital d’amorçage », explique-t-il, précisant que le Cocobod est actuellement en discussion avec le ministère des Finances pour résoudre les retards de paiement aux agriculteurs.

Un marché de plus en plus concentré

Si cette prise de position n’a pas encore été officiellement confirmée par la direction du Cocobod ou par le gouvernement, elle illustre les déséquilibres induits par le nouveau modèle. Dès décembre 2024, Bloomberg relevait que des groupes comme Cargill, Olam ou Barry Callebaut concentraient leurs avances sur un nombre limité de LBCs, souvent celles qu’ils détiennent ou connaissent directement.

Cette situation a accentué la concentration du marché. « Sur les 62 LBCs enregistrées, seules 20 sont actives aujourd’hui, et cinq entreprises détenues par des groupes étrangers contrôlent près de 60 % des opérations », dénonçait alors Victus Dzah, secrétaire exécutif de l’Association des LBCs du Ghana.

Des performances commerciales solides, mais fragiles

Paradoxalement, la filière sort d’une campagne 2024/2025 globalement positive sur le plan productif. Selon l’USDA, la production ghanéenne a atteint 600 000 tonnes, contre 531 000 tonnes un an plus tôt.

Les recettes à l’exportation ont également fortement progressé. Entre janvier et décembre 2025, elles se sont élevées à 3,86 milliards de dollars, contre 1,94 milliard en 2024, d’après les données de la Banque centrale du Ghana publiées le 27 janvier 2026. Cette hausse est principalement attribuable à l’augmentation des volumes expédiés.

Un dossier sensible pour le nouveau pouvoir

La question du financement s’ajoute ainsi aux chantiers de réforme annoncés par le président John Dramani Mahama, récemment élu. Celui-ci a ouvertement critiqué le Cocobod pour son incapacité à améliorer durablement les revenus des producteurs et a évoqué une restructuration de l’institution, incluant une réduction des dépenses administratives.

Dans l’attente de décisions concrètes, le débat sur le financement de la commercialisation du cacao illustre les tensions entre réforme, discipline financière et stabilité de la filière, dans un secteur stratégique pour l’économie ghanéenne.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

spot_img

Articles similaires

Secteur minier au Mali : La production d’or rebondit au S1 2026 et surpasse les prévisions de Bamako

Portée par le redémarrage à régime soutenu du complexe de Loulo-Gounkoto et le rendement du site de Fekola,...

Filière hévéa en Côte d’Ivoire : Le pari de la transformation locale face à l’érosion des prix bord champ

Alors que la FPH-CI et Eni Côte d’Ivoire lancent la campagne 2026 avec un objectif de collecte de...

Sierra Leone : Les travaux s’accélèrent pour intégrer la future centrale NANT au réseau électrique

Pour répondre au déficit d’électricité qui frappe le pays, l’Electricity Distribution and Supply Authority (EDSA) a engagé du...

Moody’s relève la note de la BIDC à B1 avec perspective stable : un tournant pour le financement de l’Afrique de l’Ouest

L’agence de notation Moody’s a rehaussé la note d’émetteur à long terme de la Banque d’investissement et de...