L’année 2025 aura marqué une accélération notable du déploiement solaire en Afrique, mais cette dynamique s’est concentrée sur un nombre limité de marchés. En Afrique de l’Ouest, c’est le Nigeria qui a donné le tempo, porté par l’essor fulgurant des systèmes décentralisés dans un contexte de défaillances persistantes du réseau national.
Selon le rapport Africa Market Outlook 2026–2029 publié le 3 février par le Global Solar Council, le Nigeria est devenu en 2025 le deuxième plus grand marché solaire du continent, avec 803 MW de nouvelles capacités installées. Cette progression équivaut à une croissance annuelle de 141 %, illustrant une adoption massive des solutions photovoltaïques.
La capacité solaire cumulée du pays est passée d’environ 385 MW en 2024 à près de 1,19 GW en 2025. Mais cette montée en puissance repose presque exclusivement sur des systèmes décentralisés : installations hors réseau, mini-réseaux privés, toitures commerciales et industrielles, ainsi que systèmes domestiques. Ces segments représentent 1,15 GW, soit 96 % de la capacité solaire installée. Le modèle nigérian reflète un arbitrage clair des consommateurs et des entreprises : contourner les limites du réseau public et les coûts élevés des générateurs diesel.

L’autre évolution notable concerne les capacités de stockage. La capacité installée sur batteries est passée d’environ 10 MWh à 40,6 MWh en un an, soit une croissance spectaculaire de 305 %. Le rapport souligne toutefois que ce chiffre sous-estime la réalité, nombre d’installations étant de nature « behind-the-meter », donc non systématiquement comptabilisées. Cette progression confirme l’intégration croissante des batteries dans les mini-réseaux et les systèmes solaires commerciaux.
Sur le plan réglementaire, le cadre institutionnel du Nigeria a accompagné cette expansion. L’Electricity Act 2023 renforce la décentralisation du secteur de l’électricité et ouvre davantage l’espace aux investisseurs privés. Les Mini-Grid Regulations 2023 clarifient quant à elles les procédures d’autorisation et les règles tarifaires, offrant une meilleure visibilité aux opérateurs. La régulation dédiée au stockage reste toutefois incomplète, freinant encore l’émergence d’un marché structuré.
À l’échelle régionale, la domination du Nigeria est sans équivoque : il a concentré près de 80 % des nouvelles installations solaires d’Afrique de l’Ouest en 2025. Selon le rapport, la région pourrait ajouter 4,9 GW cumulés entre 2026 et 2029, stimulée par le Nigeria, mais aussi par l’arrivée de projets solaires utilitaires en Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Faso et Ghana.
L’essor spectaculaire du solaire décentralisé au Nigeria illustre une transformation structurelle du paysage énergétique ouest-africain, portée par les besoins de fiabilité, les innovations technologiques et un cadre réglementaire de plus en plus favorable.




