Le Liberia ambitionne de tripler sa production de minerai de fer dès cette année. Selon le ministre des Mines, Matenokay Tingban, le pays pourrait atteindre entre 25 et 30 millions de tonnes, contre environ 10 millions en 2025. Une projection dévoilée lors de la conférence Mining Indaba, et qui marque un tournant pour l’économie nationale.
Cette montée en puissance repose d’abord sur l’expansion d’ArcelorMittal, acteur dominant du secteur. Le groupe prévoit d’exporter 20 millions de tonnes à partir de 2026, alors que sa production annuelle moyenne tournait historiquement autour de 5 millions de tonnes. À cette dynamique s’ajoutent l’entrée en production de nouveaux opérateurs – Cavalla Resources, Westcrest et Zodiac – ainsi que la relance des activités de Bao Chico.
L’annonce intervient dans un contexte de reprise des cours du minerai de fer en 2025, soutenue notamment par la demande chinoise. Ce facteur de marché renforce l’attractivité des investissements en cours.
Un programme industriel centré sur les infrastructures
La hausse attendue des volumes est le résultat d’un vaste programme industriel structuré autour des infrastructures. ArcelorMittal déploie un plan d’extension de 1,8 milliard de dollars autour d’un nouveau concentrateur à Tokadeh, dans le comté de Nimba. L’objectif est double : accroître les capacités de traitement et améliorer la qualité du minerai exporté.
Le projet comprend également la modernisation du corridor ferroviaire reliant Tokadeh au port de Buchanan, l’extension des installations portuaires avec la construction d’un quai supplémentaire, ainsi que la mise en service de deux centrales électriques pour sécuriser l’approvisionnement énergétique du site. L’ensemble vise à lever les contraintes logistiques qui limitaient jusqu’ici l’expansion de la production.
Un cadre contractuel sécurisé jusqu’en 2050
Pour accompagner ces investissements, le Parlement libérien a ratifié un avenant à l’accord de développement minier liant l’État au groupe sidérurgique. Le partenariat est prolongé jusqu’en 2050, avec une option de renouvellement de 25 ans. En contrepartie de l’extension des droits miniers et de l’accès prioritaire aux infrastructures ferroviaires financées par l’investisseur, l’État percevra 200 millions de dollars.
Cette sécurisation contractuelle s’inscrit dans une trajectoire économique marquée par des chocs successifs. La guerre civile (1989-2003) avait paralysé l’activité industrielle et détruit une partie des infrastructures. Les crises d’Ebola puis de la Covid-19 ont ensuite freiné la reprise. Dans ce contexte, la stabilité juridique apparaît comme un levier clé pour attirer des capitaux de long terme.
Un pilier budgétaire stratégique
Selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le secteur extractif a représenté plus de 21 % des recettes domestiques en 2023. Le minerai de fer en constitue la principale composante, et ArcelorMittal Liberia concentre à lui seul environ 90 % des exportations nationales de fer.
L’augmentation des capacités de production pourrait donc avoir un impact direct sur les finances publiques, la balance des paiements et la stabilité macroéconomique du pays. Reste à observer si cette expansion se traduira également par une diversification industrielle et une montée en valeur ajoutée locale, au-delà de l’exportation de minerai brut.




