Nigeria : le marché des capitaux atteint 33 % du PIB, mais la liquidité reste le principal défi

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Porté par une envolée spectaculaire des valorisations et plusieurs réformes économiques majeures, le marché des capitaux nigérian représente désormais 33 % du PIB, contre seulement 13 % en avril 2024. La capitalisation totale a bondi de 125 % en moins de deux ans, pour atteindre 123 930 milliards de nairas (environ 92 milliards USD), selon la Securities and Exchange Commission (SEC).

Le directeur général du régulateur, Emomotimi Agama, a dévoilé ces chiffres à Lagos le 22 février, lors de son discours inaugural devant le groupe de travail chargé de la liquidité du marché. « Ces chiffres sont impressionnants, mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire », a-t-il déclaré, saluant le regain de confiance observé depuis 2024.

Une accélération portée par le contexte économique et les réformes

Plusieurs dynamiques expliquent cette croissance rapide :

1. La dépréciation du naira

La baisse marquée de la monnaie a incité les investisseurs à se tourner vers les actions pour protéger leur épargne, dopant mécaniquement les valorisations exprimées en naira.

2. Les réformes économiques depuis 2023

L’unification du taux de change et la suppression des subventions sur les carburants ont modifié les anticipations des marchés et renforcé la confiance, en particulier dans les secteurs bancaire et des télécommunications.

3. Un marché très concentré

Quelques grandes capitalisations dominent la Bourse nigériane. La hausse de leurs cours se répercute directement sur l’ensemble de l’indice, amplifiant la progression de la capitalisation globale.

4. Un ratio capitalisation/PIB mécaniquement renforcé

La croissance économique modérée contraste avec l’envolée des capitalisations, augmentant de fait le poids relatif du marché dans l’économie.

Un marché plus grand, mais encore peu liquide

Malgré cette croissance spectaculaire, le DG de la SEC a rappelé que la taille du marché ne suffit pas : la liquidité reste insuffisante, un problème structurel depuis plusieurs années.

  • Les échanges se concentrent sur un petit nombre de titres très liquides.
  • De nombreuses sociétés cotées enregistrent des volumes faibles ou épisodiques.
  • Les coûts d’impact pour les investisseurs institutionnels restent élevés.

« Pour que le marché joue pleinement son rôle de baromètre économique, il doit être liquide », a insisté M. Agama, mettant en garde contre les risques de découragement des investisseurs incapables d’entrer ou sortir facilement du marché.

Une vague de réformes en préparation

Pour relever ces défis, la SEC a mis en place un groupe de travail multipartite associant :

  • les bourses,
  • les dépositaires,
  • les gestionnaires de fonds,
  • les institutions financières,
  • et les opérateurs technologiques.

Ses mandats sont ambitieux :

  • améliorer la profondeur du marché,
  • moderniser les infrastructures de négociation et de règlement-livraison,
  • réduire le cycle de règlement pour le rapprocher des standards internationaux,
  • développer des produits dérivés et autres instruments de couverture,
  • élargir la base d’investisseurs via la digitalisation et les fintech,
  • attirer au moins 20 millions de nouveaux investisseurs particuliers.

Encadrement des actifs numériques : une avancée majeure

La nouvelle loi sur les investissements et les valeurs mobilières (ISA 2025) élargit désormais le champ de supervision de la SEC aux actifs numériques.

Objectifs :

  • encadrer une activité jusque-là informelle,
  • canaliser les flux vers des circuits régulés,
  • protéger les investisseurs dans un pays où l’adoption des cryptomonnaies est l’une des plus fortes d’Afrique.

Vers un marché au service du financement de l’économie

Pour la SEC, l’enjeu consiste désormais à transformer cette expansion boursière en un levier durable de financement des entreprises et de soutien aux ambitions de croissance du Nigeria.

« Notre objectif est que la hausse de la capitalisation se traduise par un impact réel sur l’économie », a conclu Emomotimi Agama.

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