Gambie : premier consommateur de riz par habitant au monde, entre dépendance accrue et quête d’autosuffisance

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En Gambie, le riz n’est pas seulement un aliment de base : c’est la pierre angulaire de l’alimentation nationale. Avec une consommation moyenne de 256,4 kg par habitant et par an, le pays détient le record mondial, selon les données de la FAO reprises dans un rapport du FMI de 2025. La Gambie devance ainsi le Bangladesh (246,9 kg), le Vietnam (228,1 kg), la Thaïlande (178,9 kg) ou encore Madagascar (153,5 kg), pourtant considérés comme des géants culturels du riz. En comparaison, le Sénégal tourne autour de 110 kg par habitant, tandis que la Côte d’Ivoire oscille entre 80 et 85 kg, malgré une progression urbaine rapide.

Cette consommation exceptionnelle traduit l’importance stratégique du riz dans la stabilité alimentaire du pays. En zones rurales, il assure près de 75 % de l’apport calorique, un niveau qui illustre la dépendance totale des ménages à cette céréale. La croissance démographique et l’urbanisation soutenue autour de Banjul ont renforcé cette demande : la consommation nationale dépasse désormais les 300 000 tonnes par an, contre environ 200 000 tonnes au début des années 2010.

Une dépendance structurelle aux importations

Cette appétence rizicole s’accompagne d’un paradoxe préoccupant : la production nationale demeure largement insuffisante. Selon la Banque africaine de développement, la Gambie importe chaque année plus de 170 000 tonnes, soit près de 80 % de sa consommation totale, essentiellement du riz brisé. Cette vulnérabilité expose directement les ménages aux fluctuations des prix internationaux et aux tensions géopolitiques affectant les marchés céréaliers mondiaux. Dans un contexte de hausse sporadique des prix alimentaires, la sécurité alimentaire gambienne reste fragile et fortement dépendante des importations asiatiques.

Un potentiel agricole encore sous-exploité

Pourtant, les marges de progression existent. Le pays compte 440 000 hectares de terres arables, mais seule une faible proportion – environ 15 % – est dédiée au riz. Les aménagements hydro-agricoles restent modestes, alors que l’irrigation contrôlée pourrait considérablement améliorer les rendements, aujourd’hui très variables selon les pluies. Les rizières de bas-fonds, les vallées fluviales et les zones irriguées le long du fleuve Gambie représentent des opportunités inexploitées pour accroître rapidement l’offre locale.

En 2022, le gouvernement s’est fixé un objectif ambitieux : atteindre l’autosuffisance rizicole d’ici 2027. Mais les experts estiment que cette perspective reste difficilement réalisable à court terme sans une restructuration profonde de la filière. Le pays fait face à plusieurs freins : accès limité au crédit agricole, déficit d’équipements mécanisés, faiblesse de l’approvisionnement en intrants de qualité, insuffisance de formations techniques adaptées et manque d’investissements dans les infrastructures d’irrigation et de stockage.

Entre urgence alimentaire et dépendance durable

La place centrale du riz dans l’alimentation gambienne oblige les autorités à naviguer entre réponses immédiates – sécurisation des importations – et réformes structurelles pour stimuler la production locale. Le défi est d’autant plus crucial que la pression démographique continue d’augmenter et que la volatilité des prix mondiaux impose une réelle stratégie de résilience.

Pour l’heure, la Gambie reste l’un des pays les plus dépendants du riz importé au monde… tout en étant son plus grand consommateur par habitant.

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