Nigeria : en scindant l’OPL 245, Abuja rouvre un dossier pétrolier longtemps paralysé par un scandale majeur

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Le gouvernement nigérian a officiellement décidé de démanteler l’OPL 245, l’un des blocs pétroliers les plus stratégiques du pays, en quatre nouveaux périmètres attribués aux compagnies Eni et Shell. Cette restructuration met fin à près de trois décennies de blocages juridiques, diplomatiques et judiciaires autour d’un gisement dont le potentiel est estimé à près de 9 milliards de barils récupérables, mais qui n’a jamais été mis en production.

Selon des informations relayées par Reuters, la signature des contrats définitifs est attendue dès cette semaine. Une étape décisive qui pourrait relancer un dossier devenu symbole des dérives du secteur pétrolier nigérian.

Un enjeu financier majeur pour Abuja

L’enjeu économique est colossal pour le Nigeria, dont les finances publiques sont fortement sollicitées. Une étude de Global Witness estime que l’accord conclu en 2011 autour de l’OPL 245 a privé l’État de 5,86 milliards de dollars, sur la base d’un prix moyen du baril à 70 dollars. Le calcul repose sur les standards du FMI, selon lesquels un pays producteur arrivé à maturité devrait capter entre 65 % et 85 % des revenus pétroliers. Le Nigeria n’en percevait que 41 % dans le montage initial, largement défavorable à ses intérêts.

Cette perte équivaut à près du double du budget annuel combiné de la santé et de l’éducation, illustrant l’effet d’éviction massif qu’a représenté ce contrat sur les ressources publiques.

La division du bloc permet aujourd’hui de clarifier les responsabilités contractuelles, de sécuriser juridiquement les actifs et de créer les conditions d’un développement industriel effectif. Pour Abuja, il s’agit aussi de renforcer ses recettes budgétaires dans un contexte de tensions accrues sur son financement interne.

OPL 245 : une chronologie marquée par les litiges et les soupçons de corruption

Initialement attribué en 1998 à Malabu Oil, une société contrôlée par Dan Etete, alors ministre du pétrole sous le régime de Sani Abacha, l’OPL 245 est rapidement devenu le théâtre d’un enchevêtrement d’intérêts politiques, financiers et judiciaires. Shell s’y engage au début des années 2000 et confirme, par des travaux d’exploration, l’existence de deux découvertes majeures : Zabazaba et Etan.

En 2011, un accord d’acquisition de 1,3 milliard USD est conclu entre l’État, Shell et Eni. Une grande partie des fonds aurait été détournée au profit de responsables politiques et d’intermédiaires, selon des procureurs italiens. Plusieurs dirigeants des deux compagnies, dont le PDG d’Eni, Claudio Descalzi, sont poursuivis, avant d’être acquittés en 2021 par la justice italienne. Les groupes ont toujours contesté toute implication dans des faits de corruption.

Malgré ces décisions, l’OPL 245 reste paralysé par une succession de procédures croisées au Nigeria, en Italie et au Royaume-Uni. En janvier 2017, Abuja reprend le contrôle total du bloc, sans toutefois parvenir à en relancer l’exploitation.

La solution : un morcellement qui clarifie, sans effacer le passé

La décision de démanteler l’OPL 245 en quatre blocs distincts constitue la première avancée concrète vers une exploitation effective du gisement. Cette approche vise à contourner les blocages juridiques accumulés, à rétablir la chaîne de responsabilités contractuelles et à sécuriser les futurs investissements.

Cette restructuration n’efface pas les pertes engendrées par le scandale ni les zones d’ombre qui continuent d’entourer le dossier, mais elle met fin à un cycle de paralysie qui privait le pays d’un actif pétrolier stratégique.

La réussite de cette relance dépendra désormais de la capacité du Nigeria à établir des cadres contractuels transparents, à assurer une gouvernance conforme aux standards internationaux et à éviter les risques de nouveaux litiges. Autrement dit, à démontrer que la page de l’OPL 245 peut réellement se tourner.

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