Le Mali a décidé de renforcer son dispositif de lutte contre l’orpaillage illégal en annonçant la création d’une Brigade spéciale des Mines. L’adoption des projets de textes relatifs à la mise en place de cette nouvelle unité a été annoncée lors du Conseil des ministres du 11 mars. Cette brigade aura notamment pour mission d’intensifier les actions de répression contre les activités minières illégales, un phénomène qui prive le pays d’une part importante de ses revenus aurifères.
Selon les autorités, cette décision intervient dans un contexte où les activités d’exploitation illégale de l’or continuent de se développer, malgré les opérations de contrôle menées depuis 2020. L’orpaillage clandestin pose des défis multiples, tant sur le plan économique que sécuritaire et environnemental. Les autorités évoquent notamment l’utilisation de produits chimiques dangereux, ainsi que l’insécurité croissante observée dans certaines zones aurifères.
La nouvelle unité devrait agir comme une police judiciaire spécialisée dans le secteur minier. Elle sera chargée de participer à l’application des mesures de protection et de sécurisation des sites d’orpaillage et des carrières. Les autorités maliennes n’ont toutefois pas encore précisé l’organisation interne de cette brigade, ses effectifs ou encore le budget qui lui sera consacré.
Au-delà de la dimension sécuritaire, la création de cette brigade répond à un enjeu économique majeur pour le pays. Le Mali estime généralement la production annuelle de sa filière artisanale et à petite échelle à environ 6 tonnes d’or. Cependant, l’ONG SWISSAID avance des estimations beaucoup plus élevées, situant cette production entre 30 et 57 tonnes par an.
Selon cette organisation, entre 2012 et 2022, plus de 300 tonnes d’or artisanal non déclarées auraient été produites au Mali, pour une valeur totale estimée à 13,5 milliards de dollars. Cette production échappe largement aux circuits officiels, privant l’État de recettes fiscales importantes dans une économie fortement dépendante de l’or.
Le phénomène touche également plusieurs pays voisins d’Afrique de l’Ouest, notamment le Burkina Faso, le Niger et le Ghana. Ce dernier a intensifié en 2025 sa propre campagne de lutte contre l’orpaillage illégal en mettant en place une taskforce chargée d’appliquer les réformes du régulateur du secteur artisanal, connu sous le nom de GoldBod.
Cette initiative a été accompagnée de progrès notables. La production artisanale ghanéenne a ainsi enregistré une hausse de près de 60 % au cours du dernier exercice, en partie grâce aux efforts de formalisation et de régulation du secteur.
Pour le Mali, l’efficacité de la nouvelle Brigade spéciale des Mines dépendra de sa capacité à limiter l’expansion des activités illégales et à mieux intégrer l’exploitation artisanale dans l’économie formelle. Dans un contexte de hausse prolongée des prix de l’or sur les marchés internationaux, l’enjeu est de taille pour un pays qui cherche à capter une plus grande part de la rente minière et à renforcer ses recettes publiques.




