Burkina Faso : suspension des exportations de tomates pour soutenir l’industrie locale de transformation

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Le Burkina Faso a décidé de suspendre les exportations de tomates fraîches à partir du 16 mars 2026 et jusqu’à nouvel ordre. La mesure a été annoncée dans un communiqué conjoint du ministère de l’Industrie et du Commerce et du ministère de l’Agriculture. Elle vise à garantir un approvisionnement suffisant des unités locales de transformation, dont le nombre s’est accru ces dernières années.

Dans le détail, les autorités indiquent que la délivrance des autorisations spéciales d’exportation (ASE) est suspendue. Les opérateurs disposant déjà d’autorisations valides bénéficient toutefois d’un délai de deux semaines à compter de la publication du communiqué pour finaliser leurs opérations d’exportation.

Cette décision s’inscrit dans une stratégie visant à soutenir l’essor d’une industrie nationale de transformation de la tomate, considérée comme un levier de réduction de la dépendance du pays aux importations de produits dérivés tels que la purée ou le concentré de tomates.

Le renforcement du segment industriel s’est accéléré ces dernières années. En décembre 2024, le président Ibrahim Traoré a inauguré à Pognongo une unité de transformation baptisée Société Faso Tomates. Le projet, porté par la coopérative SCOOP-CA Bâtir l’avenir, représente un investissement de 5,6 milliards de francs CFA et dispose d’une capacité de transformation d’environ cinq tonnes de tomates par heure.

Quelques semaines auparavant, une autre usine baptisée Société burkinabè de tomates avait été inaugurée à Dogona avec l’appui de l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire. Dotée d’un investissement de 7,5 milliards de francs CFA, cette unité peut traiter six tonnes de tomates par heure et produire environ 800 kg de concentré par heure commercialisé sous la marque « A’diaa ». L’APEC a par ailleurs annoncé le lancement, en mars 2026, d’une troisième unité de transformation à Tenkodogo, dont les travaux sont déjà avancés à plus de 70 %.

Ces projets industriels interviennent dans un contexte où la transformation locale reste encore insuffisante face à la demande intérieure. Selon les données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, le Burkina Faso a importé en moyenne 15 441 tonnes de purée de tomates par an entre 2020 et 2024, avec un pic de 26 451 tonnes en 2024. La facture associée à ces importations s’est élevée à environ 5,4 millions de dollars par an sur la période.

La suspension des exportations pourrait toutefois avoir des effets limités sur le commerce régional à court terme. Les données de la plateforme Trade Map montrent en effet que la quasi-totalité des exportations burkinabè de tomates fraîches ces dernières années était destinée au Ghana. Or, ce pays a lui-même suspendu temporairement, depuis le 17 février, ses importations de tomates en provenance du Burkina Faso à la suite d’une attaque terroriste survenue à Titao, dans le nord du pays, qui avait mis en danger des commerçants ghanéens.

Avant cet épisode sécuritaire, les échanges entre les deux pays restaient néanmoins importants. Le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest souligne que les flux commerciaux régionaux de tomates sont largement sous-déclarés. Si les statistiques officielles indiquent environ 1 700 tonnes d’importations ghanéennes en 2022, les estimations de l’Association nationale des commerçants et transporteurs de tomates évoquent plutôt des volumes réels proches de 100 000 tonnes.

Dans ce contexte, l’évolution de la situation au Burkina Faso sera suivie de près par les acteurs du commerce régional, d’autant que la suspension des importations décidée par Accra demeure pour l’instant une mesure temporaire.

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