Mali : Bamako crée un Office des Substances précieuses pour mieux contrôler l’or artisanal

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Le gouvernement malien cherche à renforcer le contrôle de la filière aurifère artisanale, un segment clé de l’économie nationale mais encore largement informel. Lors du Conseil des ministres du 18 mars, les autorités ont ainsi acté la création de l’Office des Substances précieuses du Mali, une nouvelle structure chargée de réguler et de centraliser les flux issus de l’exploitation artisanale et à petite échelle de l’or.

L’initiative vise à réduire l’écart important entre les volumes officiellement déclarés et la production réelle du secteur. Chaque année, le gouvernement estime la production d’or issue de l’orpaillage à environ 6 tonnes, alors que les estimations disponibles indiquent qu’au moins 30 tonnes d’or seraient produites et commercialisées en dehors des circuits officiels.

Un secteur artisanal largement informel

Selon un rapport publié en 2024 par l’organisation suisse SWISSAID, l’exploitation artisanale aurait généré environ 300 tonnes d’or non déclarées entre 2012 et 2022, pour une valeur estimée à 13,5 milliards de dollars.

Ces écarts reflètent la difficulté pour l’État malien de suivre la production d’un secteur caractérisé par la multiplication des sites d’exploitation et la prédominance d’activités informelles. Les autorités reconnaissent d’ailleurs l’existence de « difficultés dans la maîtrise des flux issus de l’orpaillage », notamment en raison des différences observées entre les statistiques nationales et les volumes déclarés par les pays importateurs.

Les données de la plateforme commerciale des Nations unies UN Comtrade illustrent cette situation. Entre 2013 et 2022, les Émirats arabes unis ont déclaré 672 tonnes d’importations d’or en provenance du Mali, alors que les exportations officiellement enregistrées par Bamako vers ce pays s’élèvent à 37,7 tonnes sur la même période.

Un instrument de régulation de la chaîne de valeur

Avec la création de l’Office des Substances précieuses, le gouvernement entend mieux encadrer la commercialisation des métaux précieux, notamment en centralisant les flux et en renforçant la traçabilité de l’or issu de l’exploitation artisanale. La nouvelle structure devra également sécuriser les circuits de vente afin de réduire les pertes fiscales liées aux exportations informelles.

Les modalités précises de fonctionnement de l’institution n’ont pas encore été détaillées, mais les autorités présentent cet outil comme un instrument opérationnel destiné à améliorer la régulation du secteur.

L’exemple du Burkina Faso

Dans la sous-région, plusieurs pays ont déjà engagé des initiatives similaires. Au Burkina Faso, les autorités ont mis en place la Société nationale des substances précieuses afin de mieux intégrer la production artisanale dans les circuits officiels.

Cette structure achète directement l’or produit par les artisans à travers un réseau de comptoirs d’achat. Le dispositif a contribué à une forte hausse des volumes officiellement enregistrés. En 2025, la production nationale d’or du Burkina Faso a dépassé 94 tonnes, dont 42 tonnes issues du secteur artisanal, contre moins de 10 tonnes en moyenne auparavant.

Un enjeu économique et sécuritaire

Pour le Mali, l’amélioration de la gouvernance de la filière aurifère représente un enjeu majeur. Le secteur minier contribue à 9,2 % du PIB et a généré 763 milliards de francs CFA (1,34 milliard de dollars) de recettes budgétaires en 2022.

Toutefois, la capacité de l’État à augmenter cette contribution dépendra de son aptitude à exercer un contrôle effectif sur les sites d’orpaillage et sur les circuits de sortie du métal. Dans certaines régions, l’exploitation artisanale se développe dans des zones marquées par l’insécurité et la présence de groupes armés, qui tirent parfois profit de cette activité.

L’intervention de l’armée malienne sur le site d’orpaillage d’Intahaka, près de Gao, en octobre 2025, illustre les défis liés à la reprise du contrôle de ces zones. Le renforcement du contrôle des frontières apparaît également déterminant pour limiter les sorties informelles d’or vers les pays voisins.

Au-delà de la question fiscale, la formalisation du secteur pose aussi des enjeux sociaux et sécuritaires. L’amélioration des conditions de travail demeure un défi majeur dans l’orpaillage artisanal, où les effondrements de sites provoquent régulièrement des accidents mortels.

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