Fortement dépendant des importations pour couvrir ses besoins en fertilisants, le Mali cherche à réduire son exposition aux tensions du marché mondial. Dans cette optique, Bamako renforce ses discussions avec la Russie afin de sécuriser un approvisionnement plus stable en intrants agricoles.
L’annonce a été faite par les autorités maliennes en marge du 17e Forum économique international Russie – Monde islamique, organisé du 12 au 17 mai à Kazan.
Selon le gouvernement, les échanges ont porté sur la mise en place de mécanismes permettant d’assurer un approvisionnement « anticipé et régulier » en engrais, afin de mieux aligner les livraisons sur le calendrier agricole national.
Un communiqué officiel précise qu’un agenda opérationnel doit désormais être établi, accompagné d’un calendrier de livraison ainsi que des arrangements logistiques et financiers nécessaires.
Un enjeu critique pour l’agriculture malienne
Pour le Mali, le sujet est hautement stratégique.
Les données du Centre international de développement des engrais (IFDC) montrent une consommation apparente moyenne d’environ 516 000 tonnes d’engrais par an entre 2019 et 2023, alors que le pays reste quasi intégralement dépendant des importations.
Dans un contexte de volatilité accrue, toute rupture d’approvisionnement pourrait directement affecter :
- les rendements agricoles ;
- les coûts de production ;
- la sécurité alimentaire ;
- les revenus des exploitants.
Un marché mondial sous pression
Le timing des discussions avec Moscou n’est pas anodin.
Dans son dernier rapport Commodity Markets Outlook, la Banque mondiale anticipe une hausse de plus de 30 % des prix mondiaux des fertilisants en 2026.
Les principaux facteurs identifiés :
- tensions géopolitiques au Moyen-Orient ;
- perturbations maritimes dans le détroit d’Ormuz ;
- restrictions à l’exportation imposées par plusieurs grands producteurs.
Le détroit d’Ormuz concentre à lui seul près d’un tiers du commerce maritime mondial de fertilisants, soit environ 16 millions de tonnes par an.
L’urée, principal engrais azoté mondial, apparaît particulièrement vulnérable.
La Banque mondiale estime que son prix moyen pourrait atteindre 675 dollars la tonne en 2026, soit près de 60 % de plus qu’en 2025.
La Russie, partenaire logique… mais prudent
La Russie apparaît comme un partenaire naturel pour Bamako.
Selon les données de Trade Map, le Mali a importé près de 310 000 tonnes d’engrais azotés en 2023, dont :
- 28 % depuis la Finlande ;
- 27 % depuis la Russie ;
- 19,7 % depuis les États-Unis ;
- 10 % depuis le Maroc.
Moscou est donc déjà l’un des principaux fournisseurs du pays.
Mais ce choix comporte une ambiguïté stratégique.
Car la Russie elle-même adopte désormais une posture plus protectionniste.
En avril, Moscou a plafonné ses exportations de fertilisants à 20 millions de tonnes entre juin et novembre 2026, afin de privilégier son marché intérieur pendant la campagne agricole.
Un mouvement global de repli
La Russie n’est pas un cas isolé.
D’autres grands acteurs du marché mondial adoptent également des mesures restrictives :
Chine
- restrictions sur les exportations d’urée depuis octobre 2025 ;
- prolongation du dispositif jusqu’en août 2026.
Égypte
- taxe temporaire de 90 dollars par tonne sur les exportations d’engrais azotés ;
- objectif : freiner les sorties de volumes vers l’international.
Cette tendance reflète une transformation plus profonde du marché mondial : la sécurité alimentaire nationale prend progressivement le dessus sur la logique de libre circulation des intrants.
Une vulnérabilité structurelle persistante
Pour le Mali, l’accord en discussion avec Moscou pourrait offrir un amortisseur à court terme.
Mais il ne règle pas la fragilité structurelle du modèle.
Le pays reste exposé à :
- la volatilité des prix internationaux ;
- les contraintes logistiques régionales ;
- les arbitrages géopolitiques des pays exportateurs ;
- le manque de production locale d’intrants.
À moyen terme, la vraie question dépasse donc la simple sécurisation des importations : elle touche à la résilience même du système agricole malien face à un marché mondial de plus en plus fragmenté.
A.S.




